Harcèlement scolaire : toutes les minorités sont évoquées. Seuls les trans sont ignorés

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Une jeune victime de harcèlement à l’école. Image d’illustration. (Durand Flurence/Sipa)

Tel un serpent de mer, le harcèlement scolaire a de nouveau refait surface : campagne du ministère de l’Éducation, documentaire sur « France 2« , témoignages dans les médias et parution d’un livre. Rien ne manque. Des cheveux roux à l’homosexualité, toutes les causes de harcèlement sont passées à la moulinette, décortiquées à l’envie.

Un petit village de transsexuelles

« Toutes vraiment ? » a-t-on envie de dire, telle la fameuse réplique de Jules César à qui l’on annonçait que toute la Gaulle était occupée.

Il manque en effet à ce catalogue un petit village composé de transsexuelles. Il est vrai que le sujet ne passionne pas, il suffit de taper sur un moteur de recherche bien connu « transsexuelles+harcèlement scolaire » pour s’apercevoir de l’omerta qui règne sur le problème.

Mis à part un article sur le site « Slate », évoquant un rapport européen passé quasiment inaperçu, concernant la souffrance des enfants trans, et dans lequel il est question : d' »une torture horrible » et « quotidienne » à l’école, on ne trouve rien sur la question.

Une violence insupportable

Et pourtant, le problème mériterait vraiment d’être, enfin, dévoilé au grand jour.

Tout d’abord, parce que les insultes, les discriminations, et les actes de violences dont sont victimes les enfants trans à l’école sont d’une rare intensité. Être trans, c’est transgresser le tabou majeur que constituent les stéréotypes de l’identité de genre, et l’on sait à quel point les adolescents se raccrochent à ces derniers. Toute atteinte à ces repères est ressentie comme une agression de sa propre identité, donnant lieu à des réactions dont la violence n’a d’égale que la gratuité.

Cette gratuité de l’acte est ressentie par la victime comme particulièrement douloureuse, l’absence de motif la rendant aussi incompréhensible qu’insupportable.

Un isolement terrible

De plus, comme dans tout acte d’harcèlement, le phénomène de groupe constitue un facteur de démultiplication et de montée en puissance incontrôlée des actes d’injure et de violence qui peut rapidement mettre à mal le plus solide des élèves. Alors même que ceux qui ressentent un réel problème d’identité de genre sont très loin d’être aussi solides psychologiquement que leurs agresseurs.

Les élèves trans souffrent le plus souvent d’un terrible isolement face à leurs problèmes. Parler des actes de harcèlement à ses parents va impliquer d’en connaître la cause avec toutes les conséquences que l’on sait.

Croyez-vous vraiment qu’un enfant trans ait envie de se confier à ses proches ? Comment espérer que cela soit, non pas même accepté, mais tout juste compris ?

L’équipe pédagogique n’est d’aucun secours

Quant au milieu scolaire, rien absolument rien, n’a été prévu pour les aider à vivre cette situation, qui peut rapidement se transformer en enfer.

Aucun soutien n’est à attendre des professeurs qui, de toute façon, seront bien trop mal à l’aise face au problème pour cesser de faire semblant de l’ignorer.

Quant aux infirmières et aux assistantes sociales, une formation devrait être prévue, pour leur permettre de gérer cette situation et offrir à l’élève l’accompagnement qui lui fait cruellement défaut.

Alors, les enfants trans n’ont d’autre solution que de dissimuler leurs sentiments s’ils veulent échapper à la vindicte de leurs camarades de classe. Cela ne suffit d’ailleurs pas toujours. Le naturel revient inévitablement à la surface et les bourreaux, souvent perspicaces, ne manqueront pas de remarquer la différence et de la stigmatiser.

Les trans oubliés dans les discriminations LGBT

Enterrée ou subie, cette situation sera le plus souvent le premier pas vers la dépression, voir le suicide.

Il y avait pourtant une occasion d’aborder, enfin, la question pour le ministère de l’Éducation. En juin 2012, Michel Teychenné remettait au ministre un rapport sur les discriminations LGBT à l’école.

J’ai participé aux groupes de travail qui ont précédé l’élaboration de ce dernier, en essayant de faire comprendre la spécificité de la situation des trans en milieu scolaire. En vain. La problématique particulière aux personnes transsexuelles y est soigneusement passée sous silence. Ce qui n’a finalement pas une grande importance, puisque le rapport a fini dans les poubelles du ministère.

Pendant ce temps, les élèves trans pourront continuer à pleurer dans le silence de leur chambre en se demandant pourquoi ils doivent subir une telle violence.

Sur le web : Harcèlement scolaire: « J’étais devenue le bouc émissaire de deux élèves de mon âge »

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