La promesse de 60 000 postes reste au banc de l’école

Dans LHumanité du  septembre 2014

La promesse de 60 000 postes reste au banc de l’école

Éducation
Sylvie Ducatteau
Vendredi, 5 Septembre, 2014
Photo : Myr Muratet /Picturetank

L’une des solutions proposées par la FSU : un dispositif de recrutement dès la première année de licence.
Photo : Myr Muratet /Picturetank
Le candidat François Hollande jurait qu’il créerait 60 000 emplois dans l’éducation nationale en cinq ans. C’est mal parti. Sur fond de crise 
du recrutement, près de 7 000 de ces postes ne sont pas pourvus. Une pénurie qui frappe d’abord les établissements en zone prioritaire.

«Il y aura bien un enseignant en face de chaque élève ! » Eh bien non ! Le premier faux pas de la toute nouvelle ­ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, ne s’est pas fait attendre. Sa déclaration, le jour de la rentrée des classes des enseignants, a été contredite dès le lendemain par les faits. À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), par exemple, vingt classes, dont plusieurs inscrites dans les nouveaux réseaux d’éducation prioritaire (REP+), n’avaient ni maître ni maîtresse le jour de la rentrée. Peut-être n’a-t-elle pas eu le temps d’ouvrir la dizaine de dossiers chauds hérités de son prédécesseur Benoît Hamon. C’est peu probable tant le gouvernement a reçu d’alertes. Et sait depuis longtemps qu’il lui sera quasi impossible de tenir la promesse phare du président Hollande de créer 60 000 postes dans l’éducation nationale (dont 5 000 pour le supérieur et 1 000 dans l’enseignement agricole).

Dégradation de l’image

Syndicats d’enseignants et organisations de parents d’élèves le répètent depuis des mois. « Il n’y a pas assez d’enseignants à tous les niveaux. La crise du recrutement est là et perdure. » Le constat de la Cour des comptes, dressé en mai dernier, est sans appel : sur les 22 000 postes créés depuis 2012, 7 000 n’ont pas été « consommés ». La Fédération syndicale unitaire (FSU) a également sorti la calculette. Rien que pour cette année, il manque, au final, 404 professeurs des écoles, 3 640 certifiés et agrégés, 64 professeurs d’éducation physique et sportive, 1 069 professeurs des lycées professionnels… Au total : 5 177 futurs enseignants n’ont pas pu être recrutés faute de candidats et de réussite aux concours 2014, alors même qu’une session exceptionnelle avait été organisée en plus. Pour les syndicats, la crainte est forte, désormais, de voir ces moyens budgétaires non utilisés repris par le gouvernement Valls et son grand argentier Emmanuel Macron… Pour l’instant, le ministère de l’Éducation nationale tente de rassurer. « Les concours 2014 ont été meilleurs que ceux de 2013 mais ce n’est pas encore ça », s’est contentée de commenter Najat Vallaud-Belkacem. Un peu court pour expliquer une crise du recrutement inquiétante et aux causes multiples. La dégradation de l’image du métier est l’une des raisons pour expliquer la fuite des candidats. Depuis deux décennies, du « mammouth à dégraisser » aux « privilèges insupportables » des enseignants, l’entreprise de stigmatisation, y compris au plus haut niveau de l’État, a joué à plein. Elle s’est violemment traduite en actes sous la présidence de Nicolas Sarkozy. À son actif, la suppression de 80 000 postes et la mise à mal de la formation des enseignants. Deux mesures dévastatrices qui, à elles seules, avaient de quoi détourner de la carrière les plus déterminés à exercer ce métier. On aurait pu penser que le changement de ton depuis l’élection de François Hollande allait changer la donne. Il n’en est rien. La loi de refondation de l’école, les créations de postes et la relance du système de formation n’enrayent pas le phénomène. « Même la perspective d’un emploi stable ne suffit plus à convaincre », explique Mathieu Logothetis, secrétaire du Snes-FSU de Seine-Saint-Denis.

Sur un an, deux mois de salaire 
de moins qu’en 2000

Le manque de reconnaissance pèse lourd également. Entre 2000 et aujourd’hui, les enseignants ont perdu, sur un an, l’équivalent de deux mois de salaire. À niveau de diplôme égal, leur revenu moyen est inférieur de 30 % à celui des autres cadres de la fonction publique et de 37 % de celui des cadres du privé. Et le gel du point d’indice entériné par Manuel Vals jusqu’en 2017 va continuer d’aggraver la situation. Pis : les salaires des débutants vont être amputés de 15 %. Qu’ils soient professeurs ou conseillers pédagogiques d’éducation, ils seront rémunérés 12 % au-dessous du Smic ! Pas étonnant que de nombreux étudiants en mathématiques préfèrent la voie de la finance, particulièrement rémunératrice, à l’enseignement et ses fins de mois difficiles… Les conséquences sont immédiatement visibles. Notamment dans les départements les moins favorisés. « En Seine-Saint-Denis, nous avons recensé 95 postes vacants en mathématiques tandis que seuls trois l’étaient en Seine-et-Marne et aucun dans le Val-de-Marne, souligne Mathieu Logothetis. J’ai même vu le cas, l’année dernière, d’un collège situé en ZEP où aucun des professeurs de maths n’était titulaire ! » De fait, c’est dans les établissements les plus difficiles que l’on comptabilise le plus de postes vacants et de contractuels. « C’est vrai qu’il est difficile d’y enseigner, notamment pour un jeune qui n’a qu’une licence en poche et aucune formation, ce qui est fréquent parmi les contractuels, ajoute le syndicaliste. Les titulaires n’accourent pas dans nos collèges et lycées. Les contractuels passent d’un établissement à un autre. Le rectorat a recours désormais à des annonces à Pôle emploi pour régler les urgences. » Dans le primaire, la situation n’est pas meilleure. « Nos écoles sont pleines », témoigne Rachel Schneider, responsable du SNUipp 93. La création de postes ces deux dernières années, dont 147 pour cette rentrée, n’a pas détendu la situation. Il faut dire que les effectifs d’élèves ont explosé depuis 2007. Pour accueillir 12 000 nouveaux écoliers, 500 classes ont été ouvertes sans aucune création de poste. Et les effectifs continuent de grimper : plus 2 370 élèves à la rentrée. Alors, rien ne va plus quand s’ajoute aux années Sarkozy qu’elle qualifie de « destruction » la pénurie de professeurs des écoles titulaires et formés. « L’année dernière, pour faire face, le directeur départemental de l’Éducation nationale a asséché le réservoir des remplaçants et il a supprimé la moitié des postes Rased. » Cette année, les inspecteurs vont à la pêche. Celui de Saint-Denis a trouvé un remplaçant pour une école de son secteur à Clichy-sous-Bois, au moment même où le président Hollande se félicitait de la « rentrée réussie ». 130 contractuels ont été recrutés pour cette rentrée. Il en cherche encore 120 de plus, qui ne passeront pas, eux non plus, par la case formation… « On en est à un point où l’administration n’est pas toujours regardante sur ses recrutements, cela devient dramatique », se désole Paul Devin, du syndical national des personnels d’inspection (SNPI-FSU). Rachel Schneider partage le constat : « Nous fonctionnons comme un service minimum. » L’académie de Créteil est la championne des postes perdus (167). Les syndicats de Seine-Saint-Denis ont été reçus mardi dernier à l’Élysée par des conseillers techniques. Réponse ? Aucune. « Ils ne comprennent pas notre urgence, s’agace Rachel Schneider. Pourtant, nous ne pourrons pas refonder l’école dans ces conditions. C’est une évidence. » Pour enrayer la spirale de la pénurie d’enseignants, la FSU défend la mise en place d’un dispositif de prérecrutement dès la première année de licence. Rémunérés durant leur formation, les jeunes issus des milieux populaires, grands absents des concours depuis la masterisation (bac + 5), pourraient retrouver le chemin de l’enseignement et permettre du même coup son ouverture à une plus grande mixité.

« On a besoin de postes »
La secrétaire générale de la FSU, Bernadette Groison, a appelé, hier, à continuer la « refondation de l’école » entamée par Vincent Peillon, estimant que certains dossiers étaient « au milieu du gué » et que d’autres devaient s’ouvrir. Dénombrant 5 177 postes non pourvus, elle s’est inquiétée de la capacité de l’éducation nationale à pourvoir la totalité des 54 000 créations de postes promises sur le quinquennat, préconisant des bourses et un prérecrutement. Ces postes « ne sont pas un luxe, mais un besoin ». L’attractivité passe aussi par
une revalorisation des salaires.
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