Le gouvernement baisse de 20% (-400€) le salaire des néo-profs : Non à la « smicardisation » des jeunes enseignants !

Dans le site du pcf de saint-Quentin

Le gouvernement baisse de 20% (-400€) le salaire des néo-profs : Non à la « smicardisation » des jeunes enseignants !

Affiche-FSU-crise-des-recrutementsArticle pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

Le président Hollande avait promis 60 000 postes, à mi-chemin, il en a créé un tiers, essentiellement stagiaires. Il avait promis de « revaloriser la profession », il baisse le salaire des jeunes profs. Il laissait entendre un retour sur les réformes de la droite, il les approfondit.

On a lutté en 2010 contre la réforme Chatel de la droite. Pour les jeunes profs, c’était un service à temps plein sans formation. La hausse de salaire en début de carrière, au nom de la ‘masterisation’, était une maigre compensation.

400 € de moins à la fin du mois : c’est ça, favoriser les vocations d’enseignant ?

Le gouvernement PS rétablit en 2014 le service à temps partiel à 9 h, la formation … aussitôt intégrée au M2 pour refaire passer le recrutement à Bac + 4, nous descendre de l’échelon 3 à 1, et ainsi supprimer 20 % de notre salaire. A la rentrée 2014, c’est donc pour :

  • les lauréats des concours 2014, 400 € de moins par mois : on passe de 1 700 € à 1 300 € net par mois pour les certifiés, de 1 900 à 1 500 € pour les agrégés ;

  • les lauréats des concours 2014 ex-contractuels, 400 € de moins … mais à temps plein : la même baisse salariale de 400 € sous prétexte de « formation », mais avec un service à temps plein de 18 h et sans formation prévue ;

  • les « emplois d’avenir professeur » : c’est un temps partiel de 12 h pour des étudiants de M1 payés en moyenne par une bourse de 900 € par mois. De quoi faire l’enseignant au rabais, rater son concours, et être embauché après en contractuel !

A la rentrée, 2 000 postes d’enseignants titulaires sont supprimés, alors que 10 000 postes de stagiaires sont créés, ainsi que 6 000 « emplois d’avenir ». Moins de statutaires, moins de salaires décents, plus de stagiaires, de contractuels, payés au SMIC !

Est-ce étonnant qu’il y ait une crise des vocations ? Etre fonctionnaire catégorie A, bac + 5, et être payé au SMIC, pour être confronté à des classes de 35, sans formation, il faut avoir la foi pour accepter ce sacerdoce, d’autres horizons plus rémunérateurs existent !

Avec 1 300 € par mois, l’enseignant français en début de carrière sera le plus mal payé d’Europe de l’ouest, avec le portugais. Derrière les Grecs (1 500 €), très loin derrière les Italiens (1 800 €), les Britanniques (1 900 €), les Finlandais (2 000 €) ou les Allemands (3 000 €).

Et comment vivre comme jeune prof célibataire à Paris avec 1 300 €, souvent parachuté à Paris ? Sortons la calculette : loyer (700 €) + transports (100) + alimentation (300), télécoms/internet (70) + mutuelle/assurance (70) + livres (50) + vêtements (50), on est déjà largement à 1 300 €, sans extra !

Des conditions de formation dégradées pour un métier dévalorisé

Les conditions salariales se dégradent, mais la formation ne s’améliore pas. Les générations de stagiaires 2010-2013 ont vécu la transition chaotique des IUFM aux ESPE, mais les nouveaux ESPE apparaissent comme une usine à gaz déconnectée de nos besoins réels de formation.

Les formateurs, malgré leur bonne volonté, sont dépassés et sur-chargés de tâches annexes. Les tuteurs sont déconnectés des ESPE et sans formation eux-mêmes. C’est toute la maquette incohérente de cours qui est à revoir, pour coller enfin à notre pratique.

Mais c’est aussi l’esprit pernicieux de cette formation pédagogique, indispensable, qui dévalorise le contenu disciplinaire pour transformer les profs en « professionnels de la pédagogie », prêts à appliquer clés en main des cours faits par d’autres, limités à surveiller les activités en autonomie.

Passer de cadre (« préparateur ») à exécutant (« surveillant »), c’est le cœur de la réforme du gouvernement, c’est aussi la réforme des concours qui déconnecte l’enseignement de la maîtrise de sa discipline, dévalorise le savoir au profit des savoir-faire, transforme la nécessaire pédagogie en pédagogisme vide. Dans ces conditions, payer l’enseignant-exécutant au SMIC, c’est logique !

Dans l’esprit de la réforme Fioraso, cette réforme de la formation met l’éducation secondaire sous la tutelle des universités autonomes dont dépendent les ESPE :

une façon d’accélérer l’autonomie des lycées, de construire la passerelle « lycée-université » (Bac – 3/Bac + 3) qui finit de casser la transmission du savoir dans le supérieur, en l’alignant sur les réformes déjà entreprises en lycée.

La « refondation de l’Ecole » :

c’est une éducation au rabais, la casse de notre statut, de l’Education nationale !

Cette politique, c’est celle de la « loi sur la Refondation de l’école » de l’ex-ministre Peillon.

L’acte I (2013), ce sont les grandes lignes d’une éducation au rabais au service des entreprises.

Avec la réforme de la formation, la poursuite des réformes Darcos/Chatel de 2010, la transmission du savoir, des connaissances cède face à celle des savoir-faire, des compétences (en premier lieu l’informatique et l’anglais) pour une éducation au service des entreprises.

Les collégiens devront suivre un « parcours de découverte du monde de l’entreprise », les lycéens devront faire un stage obligatoire en entreprise en fin de seconde tandis que des« personnalités du monde de l’entreprise interviendront régulièrement en cours ».

L’acte II, pour 2015 c’est la remise en cause des statuts protecteurs des professeurs

Les décrets sur le statut des enseignants de 1950 seront abrogés en 2015. L’annualisation du temps de travail, l’intégration de missions liées à l’enseignement (suivi, orientation, réunions, remplacements) imposent un temps de travail obligatoire de 35 h … hors préparation de cours.

Le décret de 1950 reconnaissait 18 heures de présence en classe, en prenant en compte les heures de préparation, de concertation pour 40 h de travail réel. Il n’a jamais été révisé pour prendre en compte le passage au 39 h, puis 35 h.

Le nouveau projet fait croire à une réforme positive, mais c’est une augmentation du temps de travail sans compensation financière, une dégradation de notre mission centrale d’enseignement au profit de tâches administratives. Travailler plus, moins bien mais sans gagner plus !

Et l’acte III, l’autonomie des lycées et la régionalisation de l’éducation, avant ou après 2017 ?

La Cour des Comptes, dans son rapport de 2013, fixait comme feuille de route pour la « réforme de l’éducation » : (1) une éducation proche du « monde des entreprises » (fait) ; (2) une casse du statut des professeurs (fait) ; (3) une autonomie des établissements, dans une éducation régionalisée.

Le gouvernement prépare déjà les conditions de cette casse de l’Éducation nationale. Le projet de refondation insistait sur les « projets pédagogiques » décidées au niveau des établissements, sur la collaboration avec les collectivités et les entreprises locales pour faire entrer l’entreprise à l’école.

Concrètement, Peillon avait promis de donner plus de moyens aux ZEP par « re-déploiement », ce qui signifiait déshabiller les uns pour habiller les autres. En fait, il déshabille aussi la majorité (5/6 ème) des « ZEP » pour habiller une minorité (1/6 ème) de « REP » !

Nos collègues du nord du 92, comme ceux des Ulis dans le 91, ont lutté l’an dernier contre la remise en cause de leur statut ZEP, la baisse drastique des aides publiques, au nom de cette réforme.

Au niveau régional, si on regarde la dotation des lycées (DGFL) pour 2014, on est frappé de voir – pour le sud parisien par exemple – que les lycées populaires, techniques, pro ou généraux, ZEP ou non, voient leur budget baisser, quand les lycées bourgeois, élitistes voient les leurs augmenter.

Des exemples ? – 3 % de budget pour le lycée technique Louis Armand (15 ème), – 13 % pour le lycée pro Brassai (15 ème), – 10 % pour le lycée ZEP François Villon (14 ème) mais + 9 % pour Buffon (15 ème), + 8 % pour Janson de Sailly (16 ème) ou + 7 % pour Claude Bernard (16 ème).

L’ « autonomie », c’est la casse de notre éducation publique, gratuite, universelle et de qualité. Il suffit de regarder l’état de nos universités, dont la moitié est au bord de la faillite, avec une offre éducative moindre, des enseignants précarisés, des étudiants obligés de se salarier.

Il y en a qui ont essayé l’autonomie ailleurs et ils ont eu des problèmes. La Suède, souvent présentée comme un modèle, a été un laboratoire de la casse de l’éducation : autonomie des lycées, privatisation de l’éducation, « nouvelles pédagogies », suppression du concours d’entrée.

Résultat, les élèves suédois qui étaient les meilleurs d’Europe en 1995 sont aujourd’hui bien en-dessous de la moyenne européenne, derrière les petits français dans tous les domaines. Même le gouvernement de droite, le patronat local ont du reconnaître la « faillite de leur éducation ».

Il est temps de relever la tête et de dire « Non » collectivement – et non par les solutions qui s’ouvrent à nous, le repli, l’isolement, la démission – nous avons choisi d’être enseignant par conviction, de transmettre notre savoir, cela a un prix : exigeons un salaire digne pour notre première année, une formation de qualité !

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