« Professeur à l’arrêt » France Culture

A écouter Sur France Culture

Un documentaire d’ Anne-Charlotte Sinet-Pasquier et Anna Szmuc

Marie, 43 ans, a toujours « fait preuve d’un engagement exceptionnel au service de la réussite de ses élèves, travaillant sans relâche à la mise en place du nouveau bac Pro Service de proximité et Vie Locale » précise son proviseur dans un rapport. Parfois jusqu’à 80 heures de travail par semaine…

Jusqu’à ce jour, le 22 mars 2013, où à la surprise générale cette enseignante modèle se retrouve « arrêtée »… Totalement incapable d’aller à travailler. Crises d’angoisse, insomnies, perte de moyens,… Elle présente tous les symptômes tristement connus du fameux « burn-out ». L’enseignante obtient un rendez-vous chez le médecin de prévention qui lui conseille alors de demander un arrêt longue durée pour maladie mentale. Marie sort de cette entrevue encore plus déstabilisée et à peu près persuadée qu’elle est folle…

L’histoire aurait pu s’arrêter là.

Epaulée par la psychiatre Brigitte Font Le Bret, elle entreprend de décortiquer son travail pour comprendre ce qui lui est arrivé : injonctions paradoxales, manque de moyens, isolement, perte de sens… Contre l’avis de tous, cette enseignante en bac Professionnel décide alors de demander une reconnaissance de son épuisement professionnel en « Maladie Imputable au Service », l’équivalent d’une maladie professionnelle. S’engage alors une procédure longue et incertaine. Rapports, contre-expertise psychiatrique, levée du secret professionnel et médical, commission de réforme… Contre toute attente, le 22 juillet dernier, cette reconnaissance lui est accordée par l’Education Nationale, une première dans le monde  enseignant…

Avec l’équipe de Sur les Docks, nous suivons au fil des mois le cheminement de cette enseignante « à l’arrêt ». A travers son journal, son témoignage et celui de ses collègues, il s’agit de comprendre la mécanique qui l’a conduite à cet épuisement, mais aussi de faire entendre son combat intérieur pour se dégager de la culpabilité d’ « être arrêtée » et faire émerger une parole collective autour du travail.

Avec :

Marie et Caroline, enseignantes en Bac Professionnel ;

Brigitte Font Le Bret, psychiatre ;

Emmanuel Duchier, enseignant et représentant CGT ;

Elisabeth Labaye, enseignante et représentante FSU au CHSCT ministériel. 

Production : Anne-Charlotte Sinet-Pasquier

Réallisation : Anna Szmuc

Prise de son : Chantal Nouvelot

Mixage : Manuel Couturier

Situation de Marie depuis la diffusion du documentaire :

25/02/14

A ce jour, la seule possibilité offerte à Marie est de retourner sur son poste actuel sans aucun changement. Médecin de prévention et DRH ne lui font pas d’autre proposition et attendent que les expertises psychiatriques la “consolident” sur son poste.

« Je me compare à ce maçon qui après un grave accident (chute d’un échafaudage en mauvais état que son employeur ne souhaitait pas réparer…) a pris le temps nécessaire pour guérir et consolider toutes ses fractures avec le désir immense de retourner travailler car il aime son métier… mais quand il reprend son travail, l’échafaudage n’a toujours pas été réparé. Son employeur est sourd à sa demande: vous remontez là haut où vous restez chez vous ! » Marie.

Le vendredi 21 février, Marie a donc suivi une nouvelle expertise psychiatrique à la demande de l’institution. Le médecin psychiatre n’a pas jugé opportun de lui faire réintégrer son poste pour le moment.

Marie reste donc « à l’arrêt ».

Même si sa demande a pour le moment peu de chances d’aboutir à la commission de mars 2014, elle travaille à un projet de reconversion vers le métier de Professeur Documentaliste. Cependant, la prochaine commission qui pour en décider sera en mars 2015…

« Le temps de l’attente est long… Ma patience sera t-elle à la hauteur de la lenteur administrative ? »

Il lui semble aujourd’hui inenvisageable de devoir attendre encore un an pour reprendre le travail, et retourner auprès des élèves.

A suivre…

Ce documentaire suscite de nombreux témoignages de personnes confrontées à l’épuisement professionnel.

Voici quelques pistes pour être aidé :

Pour tous les professionnels :

Le site souffrance-et-travail.com

Il donne la liste des consultations possibles par département. Ce sont des professionnels formés à l’écoute de la souffrance au travail.

Pour les enseignants :

Que l’on soit mutualiste ou non, la MGEN a mis en place dans chaque de chaque département des offres des réseaux PAS (Prévention Aide et Suivi). C’est un espace d’accueil et d’écoute anonyme auprès de professionnels qualifiés sur les problématiques de souffrance au travail et qualité de vie au travail.

Ces cellules d’écoutes sont recensées sur ce site :

http://www.neoprofs.org/t39036-cellules-d-ecoute-reseaux-pas-prevention-aide-suivi

Ces réseaux proposent un soutien individuel. La prise en compte collective de ces problèmes reste à construire, notamment via les syndicats.

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