La prochaine fois que quelqu’un vous bassine avec le voile … Parlez-lui de l’Alsace Moselle

Dans Terrains de luttes

La prochaine fois que quelqu’un vous bassine avec le voile …

Parlez-lui de l’Alsace Moselle

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Cela va faire maintenant un peu plus de 25 ans qu’en France, politiques, journalistes, universitaires et autres « personnalités qualifiées » s’agitent régulièrement autour du caractère ou non acceptable du port du voile au sein d’une société se définissant comme laïque. De relativement confidentiel au début des années 1990, ce débat n’a cessé d’enfler au point de constituer depuis le début des années 2000 un véritable feuilleton politique et médiatique.

Le dernier rebondissement de cette longue série de controverses (cf. tableau récapitulatif) a été provoqué par un rapport du Haut Conseil à l’Intégration (HCI) préconisant l’adoption d’une mesure législative pour interdire « les signes et les tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse dans les lieux et situations d’enseignement et de recherche des enseignements publics ».

Cette nouvelle saison de « la république, le voile et la laïcité » aura cependant eu moins de succès que les précédentes,

Le « voile » et le « problème musulman » ne feraient donc plus recette ?

En effet, à la différence de ce qui s’était passé en 2004 à propos des signes religieux à l’école, la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, ainsi que le président de la République se sont rapidement positionnés contre la soumission d’une nouvelle législation sur la question des signes religieux à l’université.

Doit-on y voir dans cette réaction du gouvernement socialiste la promesse d’un abandon de la ficelle politique qui consiste à se servir de la défense de la laïcité pour tenter de séduire un électorat perçu, à tort ou à raison, comme « anti-musulman » ? On aimerait bien, mais rien n’est moins sûr. Certes, après les dangers du « foulard au collège », du« hidjab au lycée », du « niqab au super marché », de « la burqa en voiture » ou du « djileb de la nounou », le topique de la menace représenté par  « le voile à l’université » sent a peu près autant le réchauffé que les Unes sur l’islam que nous inflige la presse hebdomadaire de droite depuis près de 30 ans.

Mais d’autres éléments rentrent assurément en ligne de compte. En effet, le camouflet imposé au HCI s’explique plus certainement par la volonté de l’Elysée de remplacer cette institution par un Observatoire de la Laïcité[1].

Ainsi, la vraie question qui se pose est plutôt de savoir quel sera dans les mois à venir le discours de cet Observatoire, promis par Jacques Chirac en 2002, institué en 2007 par Nicolas Sarkozy mais dont les membres n’ont été que récemment nommés par François Hollande.

Cet organisme va-t-il, à la suite du HCI, continuer à se couvrir la tête avec le voile islamique et aider le gouvernement en place à faire du hidjab le cache-sexe d’un électoralisme nauséabond  n’ayant que peu à voir avec une véritable défense de la laïcité ? Ou bien va-t-il vraiment œuvrer à l’application de ce principe en mettant fin à cette aberration juridique que constitue le maintien du Concordat en Alsace-Moselle? Une idée, dont il convient de rappeler qu’elle avait été émise par le candidat Hollande en 2012  lorsqu’il avait évoqué son souhait d’inscrire la laïcité dans la constitution… Proposition néanmoins absente de son programme final, sans doute pour ne pas s’attirer les foudres des lobbys religieux.

voile 1Car pendant qu’on nous bassine avec la supposée difficulté des « musulmans » à se soumettre à la « laïcité », ce principe qu’on nous présente comme si solidement « chevillé » à la « sacro-sainte » République française, il existe une région en France où se sont bien les institutions publiques qui piétinent quotidiennement et en toute légalité la neutralité religieuse de l’Etat, ainsi que le principe d’une égalité de traitement des différents cultes présent sur le territoire national. Simplement, comme c’est réputé rapporter moins de voix que de parler du « problème de l’islam », comme ça se vend aussi sans doute moins bien qu’un article illustré par une jeune fille portant le hidjab dans un amphi ou à la sortie du lycée, personne n’en parle jamais.

Vous pensez que j’exagère ? Alors laissez-moi vous faire découvrir quelques unes des réalités sidérantes du statut concordataire alsacien. Et au terme de ce petit voyage vous penserez peut être comme moi que, finalement, avant de regarder le voile sur la tête de sa voisine, on ferait bien de s’occuper de ce qui se passe en Alsace-Moselle.

Le Statut Scolaire Local : Enseignement religieux obligatoire et discrimination

Le saviez-vous ? En Alsace et en Moselle l’enseignement religieux est obligatoire dans les établissements scolaires publics (du primaire au lycée). Ne sont cependant concernés par cette « libéralités » que les « 4 cultes reconnus » par le Concordat napoléonien à savoir les cultes catholique, juif, et les deux cultes protestants (luthérien et réformé).

Est aussi obligatoire lors des Conseils de classe, la présence des personnes chargées de l’enseignement religieux. Certains de ces enseignants sont mêmes fonctionnaires, puisque par un arrêt du ministère de l’éducation nationale du 25 janvier 2000 (JO du 27/01/2000), le ministre de l’Education socialiste, a ouvert au concours du CAPES 43 postes d’ « enseignement religieux » : 35 postes d’enseignement religieux catholique et 8 postes d’enseignement religieux protestant.

En théorie, cet enseignement religieux ne doit pas être de nature prosélyte, mais dans les faits la frontière entre culture religieuse et catéchèse est floue. On en veut pour preuve le refus des enseignants religieux d’accéder à la demande de certains parents que leurs enfants puissent suivre les cours d’une autre religion que celle de leur famille au cours de leur scolarité afin d’élargir leur culture religieuse.

marche annuelle pour Jesus Stras« Jesus March » annuelle dans les rues de Strasbourg

Alors certes, depuis 1933, les parents réfractaires peuvent demander une dispense, mais de nombreux observateurs notent que cette possibilité demeure souvent confidentielle et que dans la pratique les autorités religieuses ont obtenus des directeurs d’établissements des modalités arbitraires d’obtention de cette dispense afin de la rendre inutilement compliquée. Dans les faits, 75% des enfants du primaire suivent ces cours, 50% des collégiens et 10% des lycéens.

La suite…

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