Rased : où sont les promesses ?

Dans Politis  le 3 oct 2013

Rased : où sont les promesses ?

Il est urgent d’agir !, alerte le collectif Rased qui s’est réuni hier à Paris pour rappeler au Président ses promesses de campagne. François Hollande s’était engagé à rétablir les postes d’enseignants spécialistes des difficultés scolaires, supprimés en 2008. Ils attendent toujours.

« Je travaille dans 22 écoles ! Cela signifie qu’il y a des enfants que je dois choisir de ne pas prendre en médiation !, s’offusque Thérèse Auzou-Caillemet, maître E dans un Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficultés (Rased) et membre de la Fname. Cela engendre de la souffrance pour ces enfants et c’est aussi une violence institutionnelle : nous sommes obligés de laisser des élèves sur le bord de la route. » À sa gauche, les représentants des associations, à sa droite, les représentants des syndicats. Tous sont membres du collectif qui se mobilise depuis cinq ans pour protester contre la suppression de 5000 postes Rased*.

« Nicolas Sarkozy avait décider de réduire le nombre d’enseignants en ponctionnant les Rased et la maternelle. François Hollande a décrété prioritaire l’école primaire. Il a fait des promesses concernant les Rased pendant sa campagne en mai 2012. Nous attendons des actes ! », déclare Christian Chevalier de l’Unsa. D’où cette conférence de presse organisée ce 30 septembre, à Paris, dans les locaux de la FCPE. Le collectif « s’impatiente ».

« En janvier il sera trop tard ! »

Dans les prochaines semaines doivent se lancer 13 groupes de travail sur l’école, dont 5 sur le primaire et 1 sur les Rased. Mais pour quel calendrier ? « Si c’est en janvier ce sera trop tard !, reprend Christian Chevalier. Il nous faut des décisions pour la rentrée 2014, pas pour 2015. »

« Le dispositif est souple, ouvert aux évolutions, mais l’urgence n’est pas là, insiste Maryse Charmet, maître G et membre de la Fnaren. Il faut rétablir des postes et mettre un coup sur la formation. »

Lire la Lettre du collectif à Vincent Peillon.

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Lettre à Vincent Peillon

Il y a de moins en moins d’offre de formation Rased pour les enseignants mais aussi de moins en moins de candidats à cette formation qui dure un an. À peine une centaine cette année. Comme si on cherchait à « assécher le dispositif ». En outre, où aura-t-elle lieu avec la création des nouvelles Espe (école de formation des maîtres, intégrées aux universités) ? Enfin, avec le socle commun école-collège, ne faudrait-il pas un « Rased-socle », assurant la transition entre le premier et le second degré ?

Un service public gratuit

Maitre E (chargé de l’aide à dominante pédagogique) + maître G (chargé de l’aide à dominante rééducative) + psychologue scolaire : c’est le triptyque qui constitue un poste Rased. Soit un service public, gratuit, intégré dans le temps scolaire pour aider les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage, rappelle le collectif. La médiation se fait dans ou en dehors de la classe, « le but étant de s’adapter à chaque élève, selon ses besoins », explique Thérèse Auzou-Caillemet. « Neuf fois sur dix, le blocage ne vient pas d’un problème de neurones ou de capacités mais d’un manque d’accompagnement. », ajoute Bernard Dellatre de l’Agsas. Ils permettent, aussi, d’éviter de médicaliser des difficultés scolaires.

250 000 élèves concernés

Un poste Rased vient en aide à environ 50 élèves. Il y aurait donc 250 000 élèves concernés par les 5000 suppressions de postes en 2008. « C’est une estimation, précise Paul Devin du Snpi-FSU, on ne peut pas évaluer combien d’élèves auraient besoin d’une aide spécialisée : il n’y a pas de limite nette entre un élève en difficulté et un autre. C’est un continuum… Ce qu’on sait, c’est que l’école transforme les inégalités sociales en inégalités scolaires et qu’un ensemble de stratégies sont nécessaires pour en finir avec cette reproduction, dont les Rased. »

Vincent Peillon, à Marseille le 16 septembre, avait fait part de son attachement aux Rased…

« Variables d’ajustement »

Actuellement un peu moins de 10 000 emplois seraient alloués aux Rased. Ils sont mal connus du grand public, mal identifiés par les parents d’élèves. Ils n’ont rien à voir avec le dispositif « Plus de maîtres que de classes », qui prévoit un enseignant surnuméraire pour faire des travaux particuliers – par exemple à deux enseignants ou en demi-groupes – mais qui n’est pas spécialisé dans la difficulté scolaire. « En outre, les Rased en poste aujourd’hui jouent les pompiers de service, regrette Maryse Charmet. Loin du terrain, ils servent surtout de variable d’ajustement… »

En déplacement à Marseille le 16 septembre, Vincent Peillon a pourtant déclaré : « Je réaffirme mon attachement aux Rased. Ca mettra un certain temps à retrouver les 5000 postes perdus. » Combien de temps ? Certaines circonscriptions fonctionnent sans Rased. Le 10 juillet, la commission des finances du Sénat a publié un rapport intitulé : « Donner aux Rased les moyens de leurs missions ».

* Le collectif Rased comprend les organisations suivantes : Afpen, Fnam, Fnaren, FCPE, Agsas, Ancp, Icem, CGT-Educ’Action, Sgen-CFDT, SE-Unsa, Si.En-Unsa, SNBPI-FSU, Snuipp, Sud Education.

Nota Bene :

Photo : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

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