Billet d’humeur d’Ensortantdelecole en ce 5 juillet 2013…

Ensortantdelecole : billet que je n’avais pas osé mettre en juillet dernier… Peut-être par peur de ce qu' »on » pouvait penser… ? Aujourd’hui 30 septembre 2013, je pense que mon blog manque d’articles persos, alors voilà.

Salut à toutes et à tous,

Je ne sais pas trop par quel bout commencer… En ce premier jour de vacances scolaires, un drôle de souffle m’envahit… En plus, je viens de voir un petit interview de Franck (Lepage) qui disait qu’il était pessimiste sur l’avenir (http://www.dailymotion.com/video/xikw0w)… Je crois que ça m’a atteinte…

La conférence se fait de plus en plus rare depuis les dernières élections… Y a-t-il un lien ? Le PS nous a-t-il endormi-e-s ? Ou est-ce parce que cela fait trois ans que je gesticule et que ça y est, c’est bon, on a compris, merci, gesticulez y a rien à voir, l’école va mal, elle va de toute façon être privatisée comme tous les services publics (les services quoi ???) y a plus rien à en faire, on va pas en faire un fromage… encore moins une conférence… encore moins « gesticulée »… aieaieaie…

Hier, je mangeais avec un ami qui est totalement en phase avec les écoles alternatives, et surtout celle qui s’appelle « la ferme des enfants » en Ardèche… Pédagogie Montessori, liberté totale des enfants qui choisissent leur propre parcours, évoluent dans la nature, ne sont pas pressurisés par leurs enseignants, les programmes, la peur des notes, etc… Il a deux enfants encore en bas âge et il a la ferme intension de NE PAS les mettre à l’école publique qui a déjà détruit sa copine, qui, comme moi, fatiguée, épuisée, désespérée sur l’avenir de l’école, a fini par démissionner face à une Institution sourde et aveugle à sa propre fin. Donc mon pote me disait tout ça : on n’a pas envie de foutre nos gamins dans ce système. Et me voilà en train de défendre l’école publique, bec et ongles…

Même si j’en ai gros sur la patate, il est inconcevable pour moi de penser à mettre mes futurs enfants imaginaires dans une école privée, aussi alternative pédagogiquement et passionnante qu’elle puisse être ! Je peux concevoir que les gens y mettent leurs enfants s’ils en ont les moyens (ou s’ils se saignent, plutôt, pour les avoir), mais je ne peux concevoir que touTEs n’y aient pas droit. A ce choix-là. Qu’on laisse ceux qui n’en ont pas les moyens dans une école qu’on estime, du coup, être…heu… de la… merde (n’ayons pas peur des mots)… pédagogiquement. Si vous en doutez encore, si vous croyez que la pédagogie a encore un sens à l’heure qu’il est à l’école, allez voir l’article sur le très récent sujet du brevet d’histoire, écrit par un prof d’histoire (https://ensortantdelecole.wordpress.com/2013/07/05/toutes-mes-excuses-a-mes-eleves-de-troisieme/).

Bref. Je ne peux m’empêcher de trouver cette solution individuelle, voire -aliste. Là-dedans, il me manque le collectif. Il me manque la prise de position politique.

Alors, s’il faut sauver sa peau et celle des autres, la question qui s’est posée à nous, parce qu’on est des gens ouverts qui aiment discuter et refaire le monde, c’est : comment fait-on pour se battre sur les deux plans en même temps, d’une manière plus générale ? D’un côté, on a les alternatives : Aller sauver sa progéniture en la mettant dans une école alternative (contre l’éducation nationale néolibérale), s’installer dans une communauté en Ardèche (contre l’inhumanité des grandes villes), manger ses légumes locaux et bio (contre l’industrie agro-alimentaire mondialisée), créer sa propre monnaie (comme le sol violette à Toulouse, contre l’économie mondiale boursière), etc… De l’autre, la bataille sur le terrain, mais pas forcément de l’intérieur (moi par exemple je me bats pour l’éducation de nos enfants, mais 1) je n’ai pas d’enfants et de 2) je ne suis plus enseignante) : ça veut dire se syndiquer, militer au quotidien, par exemple en faisant entrer Freinet dans l’école publique, rester en ville, à Paris, et alerter sur les dangers que ça représente pour l’humanité, faire des jardins partagés avec les habitants dans les friches de la Goutte d’or dans le 18ème arrondissement, faire du théâtre de l’opprimé avec la Cie NAJE, (évidemment), etc…

Moi, perso, je ne me vois pas partir en Ardèche, même si j’en crève d’envie (et oui, personne n’est parfaitE). Je sais que ces alternatives-là, si elles grossissaient, grossissaient, elles finiraient par noyer et anéantir tous ceux, là-haut dans leurs tours d’ivoire, qui nous font croire qu’un autre monde n’est pas possible et que la solution c’est de nous faire plier. A la longue, si on s’y mettait tous, on finirait par anéantir le capitalisme. « A la longue »…. Alors, en attendant ?? Qu’est-ce qu’on fait, en attendant, de tous ceux qui en crèvent et qui n’ont pas la force de se lever pour non pas partir en Ardèche, mais même se rendre au jardin partagé en bas de chez eux ?? Pour moi, le problème est là. J’aurais l’impression de laisser tomber ceux qui n’ont pas le choix, ceux qui se lèvent à 6h pour aller bosser à l’usine et qui passent quatre heures dans les transports six jours sur sept, ceux qui ne se lèvent pas parce qu’ils sont au chômage pour le dix-neuvième mois consécutif et qui n’ont aucune perspective qui s’offre à eux, ceux qui passent leurs vacances en centre de loisirs au milieu de leurs tours, ceux qui sont eux-mêmes marginaux, comme moi, mais qui n’ont pas la possibilité d’assumer cette marginalité et qui passeront leur vie à essayer de ressembler à ce qu’on leur a dit qu’il fallait ressembler, parce que, merde, faut bien bouffer, ceux et celles « qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire », comme disait Prévert…

Après une lonnnnnnnnngue discussion bien arrosée, on en est arrivés à la conclusion que chacun, chacune, tel le colibri qui voulait éteindre l’incendie avec sa goutte d’eau ridicule, faut qu’on fasse notre part dans la lutte contre le capitalisme, peu importe la manière, faut que ça aille avec ce qu’on est, mais il FAUT la faire, faut rien lâcher, parce qu’elle va entraîner les autres, cette part qui nous motive et nous fait garder espoir. Parce que, comme on dit par chez moi, « quand il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus de lutte possible »…

Finalement, Franck, je ne suis pas d’accord avec toi : même si j’en venais à ne plus jouer  ma conférence, ça ne voudra pas dire que tout le monde laisse tomber l’école, et tant que l’Education nationale n’est pas complètement privatisée, on a encore le temps de changer le cours des choses. Le jour où j’abandonnerai l’espoir, je partirai en Ardèche. C’est pas demain la veille. Na.

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2 commentaires pour Billet d’humeur d’Ensortantdelecole en ce 5 juillet 2013…

  1. Dupressoir Virginie dit :

    Bravo pour ce billet que j’ai lu cette fois peut être parce que c’était un billet plus perso!-)
    Je suis d’accord avec toi : Il faut faire sa part et garder de l’optimisme car les hommes ont eu au cours des siècles de belles occasions de renverser les choses… Et pour ma part, dans l’Oise, un collectif se crée pour repenser la culture autrement et s’associer en local pour mieux agir avec le public en local… Des choses bougent, oui, C’est petit, peut être mais ça existe! et comme dit Ariane Mouchkine : Aujourd’hui on fait plus attention à ce qui s’affiche qu’à ce qui existe ! Alors, tu as raison d’exister! et tu résistes-)

  2. cedric.forcadel@laposte.net dit :

    Merci pour ce billet…Et pour parler de la pédagogie Freinet et de sa place (subversive) dans l’école publique, rendez-vous aux assises de l’éducation de Saint Etienne du Rouvray, au village des acteurs… Assises de l’éducation durant lesquelles je me suis laissé dire que nous pourrions assister à une certaine conférence gesticulée…
    Coopérativement et freinétiquement!
    Cédric Forcadel

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