Que le diable emporte cette réforme ! Par Véronique Decker

Dans le blog de Véronique, Service maximum

Véronique Decker est directrice d’une école à Bobigny, voilà comment elle se présente dans son blog : Depuis plus de trente ans, je suis institutrice. Et depuis onze ans, directrice d’une école élémentaire à Bobigny : l’école Marie-Curie, cité scolaire Karl-Marx. À part sa localisation au pied des tours et au cœur des problèmes, notre école présente l’intérêt d’être une école « Freinet », où, dans le respect des règles du service public, nous pratiquons une pédagogie active, fondée sur la coopération. Même si l’expérience, parfois, peut me dicter des silences provisoires, je ne suis pas réputée pour mon habitude de me taire. Je ne m’étais jamais, jusqu’à présent, exprimée par écrit. Depuis le temps que ça me démangeait…

Que le diable emporte cette réforme !

Les infos pleuvent sur les diverses décisions totalement cacophoniques concernant les horaires et les « rythmes » scolaires. Paris en serait à allonger la « pause méridienne » à une durée de 2 h 45, pour permettre aux enseignants de travailler moins tout en restant aussi longtemps dans les écoles avec presque 3 heures de coupure à midi.

En banlieue, une commune refuse, celle d’à côté accepte, la suivante réfléchit… Une seule constante : ni les enseignants, ni les parents ne sont consultés vraiment, car le « rythme du changement » c’est maintenant… Tout doit être bouclé pour hier, et les villes cherchent comment faire sans dépenser plus. Une idée de génie ? Faire sauter les verrous « Jeunesse et sports » en termes de normes d’encadrement. Si on met un animateur pour 30 enfants, tout va bien pour le service financier de la mairie. Mais sur le terrain, quelle activité réelle vont avoir les enfants ? Probablement une « grande récré » pour se geler l’hiver, cuire l’été et être mouillé le reste de l’année…

Les communes de droite refusent l’air effarouché, des « rythmes scolaires » qu’ils auraient sans doute acceptés si c’était Sarkozy qui en avait eu l’idée. Les communes de gauche réfléchissent, car tout de même, les instits c’est leur électorat, et 2014 s’approche à grand pas.

Bref, le rythme de l’enfant, tout le monde s’en fout totalement. L’important, pour les uns c’est de donner l’impression de refonder le bâtiment, alors qu’ils ont à peine rebouché quelques gouttières. L’important, pour les autres, c’est de préparer les futures élections en paraissant être les meilleurs défenseurs de (au choix) l’école républicaine, les horaires stables, les revendications catégorielles de telle ou telle profession (voire de toutes pour les plus malins…)

Au milieu de tout cela, le véritable enjeu, c’est sans doute l’acte trois de la décentralisation, celle qui finira par mettre les enseignants dans l’escarcelle financière des collectivités locales. Mais petit à petit, en commençant par créer des « projets territoriaux », comme si l’apprentissage de la lecture de l’écriture et du calcul (je schématise…) pouvait être territorialisé et fondamentalement différent entre la Beauce et l’Alsace, entre la Bourgogne et le Limousin.

Je m’énerve et ce n’est pas bon pour ma tension oculaire, déjà mise à mal par mes conditions de travail…

Je m’énerve car au milieu du gué, il y a des milliers d’enfants, qui vont avoir des conditions de travail identiques (c’est à dire pas terribles…) ou meilleures, ou bien plus mauvaises. Des enfants que nous allons confier à des animateurs avec ou sans formation, dans des groupes de 12 ou de 24, pour des activités prévues ou improvisées, dans une alternance entre le travail avec l’enseignant et les activités périscolaires totalement irréfléchie et par les communes, et par le gouvernement.

Vu de tout en bas, c’est à dire de la cité Karl-Marx à Bobigny, les seuls changements qui nous touchent ce sont les suppressions de budgets, les économies diverses, du courrier qui ne passe plus tous les jours aux refus de remplacer la plupart des congés, faute de remplaçants. Et je ne parle pas des subventions qui ont presque toutes disparu sans laisser de trace. Nous sommes désormais censés avoir une bibliothèque sans assistant d’éducation pour la gérer et sans financement pour acheter des livres : nous n’avons plus que 2 euros par élève et par an offert par la mairie.

Où sont les droits des enfants ? Où est l’intérêt pour le rythme de l’enfant ? Nulle part au cœur des débats qui animent l’Etat, les municipalités et les enseignants : les uns défendent à juste titre leurs horaires de travail, les autres cherchent à boucler des projets qui ne coûteraient rien, sauf à nous, et il ne faut pas rêver, on ne pourra pas ni être enthousiasmés de travailler plus longtemps en gagnant un salaire identique et qui n’augmente que de 0 % depuis plusieurs années.

Cette réforme, que le diable l’emporte !

Véronique Decker

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