Peillon se met en quatre et demi

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vendredi 8 février 2013 à 22:36 – Édition Abonnés
Peillon se met en quatre et demi pour sa réforme

Le ministre de l’Education était dans le Puy-de-Dôme et en Corrèze, jeudi, pour débattre des rythmes scolaires.

PAR VÉRONIQUE SOULÉ

«Nous les Auvergnats, nous ne sommes pas radins mais plutôt économes. Un sou est un sou. Et votre réforme, monsieur le ministre, est bien trop coûteuse pour des petites communes comme les nôtres.» Lionel Muller est maire du village de Chapdes-Beaufort (Puy-de-Dôme). Membre de l’UMP, il siège au conseil général et préside la communauté de communes. Pour assumer toutes ses casquettes, Lionel Muller, boulanger de son état, a dû embaucher une aide. «Comme je suis républicain, j’applique les lois, poursuit-il face à Vincent Peillon, qui prend des notes à la tribune.Nous passerons donc à la semaine de quatre jours et demi dès la rentrée. Mais je vais devoir augmenter la fiscalité. Notre commune n’a pour toute ressource que les 38 000 euros annuels de l’ex-taxe professionnelle. Et ça ne suffira pas pour financer les activités quand la journée de classe sera raccourcie.» Jeudi, dans la salle polyvalente de Manzat (1 354 habitants, à 40 km de Clermont-Ferrand), une cinquantaine d’élus locaux ont fait le déplacement pour rencontrer le ministre de l’Education, en campagne afin de vanter sa réforme des rythmes scolaires contestée par les enseignants. Des militants d’association, des directeurs d’école et des parents d’élèves sont aussi présents.

Activités. Le ministre veut convaincre un maximum de maires de passer, dès septembre, aux quatre jours et demi. Les élus qui estimeraient ne pas être prêts ont jusqu’au 31 mars pour demander un report d’un an pour la mise en place de la réforme. Mais d’après Vincent Peillon, on ne peut pas attendre : des élections municipales sont prévues en 2014 et la question des quatre jours et demi risque de se retrouver instrumentalisée.

Au-delà, il en va du sort de la refondation de l’école, promise par le ministre. La réforme de la semaine scolaire n’en est qu’un élément, mais il est essentiel. En restant aux quatre jours, dénoncés par les experts comme contraires aux rythmes de l’enfant, il n’y a guère d’espoir de redresser l’école primaire, d’où 15 à 20% des élèves sortent en grandes difficultés. Et si l’on ne parvient pas à faire reculer l’échec scolaire, qui touche en priorité les enfants socialement fragiles, il est vain d’espérer relancer l’ascenseur social.

Dans la salle polyvalente de Manzat aux murs en pierres de Volvic, caractéristiques de la région de Combrailles, l’atmosphère est studieuse. De droite comme de gauche, les élus sont plutôt d’accord sur le principe de la réforme. Mais ils s’inquiètent des coûts. Il leur faudra notamment financer des activités durant les plages libérées par la réduction des cours, ramenés de six heures à cinq heures et demie maximum par jour en primaire.

«Avec les 50 euros par élève que l’Etat donnera pour les communes passant aux quatre jours et demi dès 2013, nous toucherons 25 000 euros avec nos 500 enfants,explique Hervé Prononce, maire Nouveau Centre de Cendre (Puy-de-Dôme), petite ville de 5 000 habitants. Or cela va nous coûter au moins 120 euros par élève. Nous devrons donc débourser 35 000 euros l’an prochain. Et 60 000 euros ensuite, puisque les 50 euros par élève ne sont alloués qu’en 2013.» «Nous y croyons à ta réforme, Vincent, intervient le président du conseil général du Puy-de-Dôme, Jean-Yves Gouttebel (gauche). Nous avons déjà provisionné 500 000 euros pour les transports scolaires du mercredi matin pour le premier trimestre[de l’année 2013-2014]. Mais il faudrait que toutes nos communes l’adoptent en même temps.»

Petites blagues. Vincent Peillon se veut compréhensif. «C’est une réforme merveilleuse mais, je le reconnais, très difficile», répète-t-il. Pour montrer que l’Etat ne se défausse pas sur les communes, il rappelle les efforts déjà faits : la création de 1 000 postes dès la rentrée 2012 parmi les 54 000 promis durant le quinquennat, l’ouverture en septembre 2013 de nouvelles écoles pour former les profs, le fonds de 250 millions d’euros pour les communes passant dès 2013 aux quatre jours et demi, etc. Mais le ministre ne peut promettre plus qu’il n’a. Alors il tente de rassurer, garantissant aux maires qu’ils «auront du mou». L’ex-prof de philo aux airs d’intello, plus doué pour les grands discours émaillés de citations, tente même des petites blagues : «Allez, ne stressez pas, un maître ne va pas vous taper sur les doigts.» Ou encore : «Vous avez le temps, on ne vous demande pas de passer aux quatre jours et demi le 1er avril, d’ailleurs, personne ne le croirait…»

Dans le village médiéval de Saint-Angel (Corrèze), où Peillon se rend ensuite, les inquiétudes sont les mêmes. «Nous aussi, on est pour l’intérêt des élèves, commence le président de l’association des maires de Corrèze. Mais on voudrait une participation de l’Etat plus importante et surtout pérenne. Notre autre grande crainte est de ne pas trouver assez d’animateurs compétents. Dans nos campagnes, nous avons du mal à en recruter.»

«Va-t-on vraiment pouvoir faire un travail de qualité en trois quarts d’heure [la plage moyenne qui sera libérée chaque jour, ndlr]  enchaîne un élu des Gorges de la Haute-Dordogne. «Moi, je crains surtout des inégalités criantes entre les communes riches, qui organiseront des activités intéressantes, et les pauvres, qui ne pourront pas», dit ce maire, s’excusant «d’être un intrus, venant de Basse-Corrèze». Peillon évoque alors «le bon sens». Mieux vaut se fédérer, dit-il, avec des communes proposant des activités durant la coupure du midi et d’autres l’après-midi, après la classe, ce qui permettra de recruter des animateurs pour tous. «Et puis, vous fonctionnez bien avec des animateurs n’ayant pas tous le Bafa, poursuit-il. Pourquoi ne pas continuer ? Vous perfectionnerez le dispositif par la suite.»

A Saint-Angel, le ministre de l’Education a également visité l’école – trois classes de double niveau, de la maternelle au CE1 -, repassée aux quatre jours et demi en septembre 2011, avant même la réforme… «Oh ! Quelle bonne surprise !» s’est-il exclamé, ravi. Puis il a parlé aux petits penchés sur un poème : «Vous apprenez de la poésie, c’est joli ça.»

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