Hier, j’ai gesticulé à L’IUFM de Rennes…

Tiens, ça fait longtemps que je n’ai pas écrit un article !

Donc hier, j’étais invitée à Rennes par Cité Solidaire et les étudiants-stagiaires de l’IUFM, que j’avais rencontrés quand j’étais venue jouer l’année dernière en mai et avec lesquels j’avais déjà fait un atelier sur la formation, et qui avaient juré-promis de me faire revenir, et qui ont tenu parole et qui ont grave assuré dans l’organisation ! Ouf ! Donc me revoilà à Rennes pour jouer ma conf… huit mois plus tard… Une « concertation » de trois mois, suivie d’une « loi sur la refondation de l’école » plus tard…

Il y a huit mois, je parlais de l’arrivée au pouvoir de « Super-Hollande » et je raillais sa volonté de « changement ».

Aujourd’hui j’ai les cartes en main. ON a les cartes en main. Et on hésite à s’en débarrasser pour en prendre d’autres tellement elles ne nous plaisent pas. Et pourtant… Pourtant notre ministre a le respect de l’enseignant que son prédécesseur n’avait pas. Pourtant Peillon a l’amour de la pédagogie, mot que son prédécesseur ne connaissait pas. Pourtant Peillon concerte pendant trois mois, alors que Darcos avait changé les programmes en deux coups de cuillères à pot, trois experts, et une couche-culotte (cf : sa célébrissime phrase sur la rémunération des instits : « on ne va pas payer autant des gens qui passent leur journée à changer des couches », c’était dire sa maîtrise du métier de professeur des écoles !). Pourtant, quand je me farcie les 50 pages de dossier de presse qui résume la loi de Peillon pour la refondation de l’école, j’ai l’impression parfois que les phrases sont celles que je rêvais d’entendre… Mais ne soyons pas dupes ! Et c’est pourquoi j’ai décidé hier que c’était le moment d’y aller franco.

Décidée à démarrer avec la description de l’impact du néolibéralisme dans l’éducation nationale, m’appuyant sur le discours de Darcos du 20 janvier 2008 et le comparant avec une phrase de Peillon datant du 3 octobre 2012 (« L’éducation nationale est capable de changer le contenu de ses diplômes et de ses formations pour répondre rapidement aux besoins de l’économie et des entreprises ; elle est mobile. La co-éducation, c’est aussi cela. »), je commence donc ma conférence sur les chapeaux de roue. Rappelant à tous que le combat pour l’école dont je rêve reste entier. Que s’il y en a d’autres comme moi qui rêvent d’une autre société et d’une autre école, qu’ils continuent à se battre et ne baissent pas les bras devant la langue de bois du PS français. Que tant que l’école s’inscrira dans le système néolibéral, on aura beau mettre des pansements sur les lois précédentes, on n’en changera pas les fondations. Tant que l’école fabriquera de la chair à patrons, il faudra lutter. Le ton était donné. J’avais peur que tout le monde parte en courant… Tout le monde (150 personnes) est resté.

Pour ceux qui n’ont pas vu la conférence depuis longtemps, je n’ai pas de video récente malheureusement, mais sachez maintenant que Peillon et Darcos se disputent la première place, que leurs programmes sont de manière égale étalés au grand jour, que la scène « pré-générique » nous montre l’école du futur dont personne ne rêve (sauf ceux contre lesquels on se bat) : videosurveillance dans les classes, surpeuplement, maîtresse insupportable, badges électroniques, pointeuse biométrique, évaluations de pré-rentrée, et j’en passe ! Les gens rient et je me marre à le faire, mais au fond on a tous les boules… heureusement, Prévert est toujours là, et le veilleur de nuit veille sur moi… et c’est toujours lui qui clôt la conférence.

Je demande encore et toujours aux gens de venir me voir à la fin pour continuer la discussion, de me dire s’ils ne sont pas d’accord, s’ils ont des remarques à faire… Un directeur d’école est venu me parler hier soir. Bouleversé. Enervé. Emu. Tout ça à la fois. « Mais moi je résiste ! J’ai de l’espoir ! », me dit-il… Je ne savais pas s’il me reprochait d’avoir lâché l’Education Nationale. « Non, je ne vous reproche rien ». Je lui dis que moi aussi j’ai de l’espoir, sinon je ne ferais pas ça. On en est venu à parler militantisme : lui milite de l’intérieur, au jour le jour, résiste sur plein de choses, s’en prend plein la gueule, a du mal avec son équipe qui ne se bouge plus, qui ne croit plus à la lutte collective, mais il continue à y croire. Et je l’ai ébranlé. Et ça me fout les boules à moi aussi. Je commence soudain à me demander : Est-ce que mon but c’est de dégouter tous les instits de ce métier ?? « Parfois, bien sûr, je doute, et là j’avoue que… » Ok. C’est pas que je dégoute qui que ce soit de ce métier, c’est juste que je mets les mots là où on n’ose plus les mettre. Je mets MES mots, mais, bizarrement, ils semblent résonner.

Aujourd’hui, la conf dure presque deux heures (je suis désolée), mais je ne m’ennuie pas encore ! 😉 J’hésite juste à faire une petite pause au milieu…

Bref. Alors que dans le train, à l’aller, j’en étais à me dire que peut-être ma conférence n’était plus d’actualité, que peut-être je commençais à être « has been », le public d’hier m’a fait comprendre que…. (malheureusement)… elle est toujours bien d’aujourd’hui. Elle a toujours sa raison d’exister. Donc je vais continuer à gesticuler sur ce métier de professeur des écoles encore un moment… jusqu’à ce que…

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