L’école est-elle encore émancipatrice ?

Dans L’Humanité

Ensortantdelecole : je ne sais pas si elle l’a jamais été…

le 28 Novembre 2012

« L’école est-elle encore émancipatrice? (témoignage)

En pleine réforme de l’école voulue par le ministre de l’Education Vincent Peillon, nous publions le témoignage qu’a adressé à l’Humanité.fr une institutrice de Bordeaux. Un texte qui campe bien les enjeux d’une vraie réfléxion sur ce que pourrait être l’école de demain

« Institutrice, c’est mon métier, j’en ai longtemps été fière, du mot aussi: oui, dans les petites classes, on institue!

Puis, ce cadeau empoisonné de « professeur des écoles », alors, petit à petit, on s’est mis à professer, j’ai essayé d’échapper à ce mouvement, mais je ne suis pas sûre d’avoir entièrement réussi. Subrepticement, ce n’était plus l’enfant, mais l’élève qui était au centre des préoccupations de l’école, puis les acquisitions, soit! Et enfin les savoirs, les « compétences », transversales ou pas…petit à petit on a dû réduire l’enfant à une suite de cases à cocher, ça ne rentrait jamais; moi, en tout cas, je n’ai jamais pu faire rentrer les enfants dans des cases…

Un enfant qui apprend, il n’y a rien de plus beau, on le voit se développer, s’épanouir petit à petit, c’est lent, chez certains c’est extrêmement lent, mais ça avance, toujours! Je n’ai jamais rencontré un enfant « bête », j’en ai rencontré qui avaient besoin de temps et d’attention, ce qui n’est pas toujours possible au milieu d’une trentaine d’autres surtout si certains vont particulièrement mal… Et dans certains quartiers, la proportion est énorme d’enfants qui vont mal, parce que la famille va mal; qui manquent l’école parce que l’électricité est coupée, il faut aller quelques temps chez la grand-mère; les parents séparés qui sont forcés de vivre ensemble quand même, vu le prix des loyers; les familles déracinées, traquées, dont les enfants rêvent encore d’être français un jour et que l’on cache parfois…

Ecole sans moyens

La société française a sévèrement dévissé au cours de ces dix dernières années, et hélas, cela ne s’arrangera pas « maintenant ». On a privé l’école du peu de moyens qu’il lui restait, voici ce qu’il lui  faudrait au minimum: des RASED suffisamment présents (ils se partagent parfois une vingtaine d’écoles et ne suivent déjà plus que les « petits » jusqu’au CE1 depuis de nombreuses années); des maîtres sans classe qui puissent intervenir sur des projets ponctuels; des moyens pour l’enseignement artistique qui peut récupérer nombre d’enfants démotivés et même accompagner tout l’enseignement classique (français et poésie, géométrie et dessin, danse et maîtrise du temps et de l’espace…); une vision générale des choses, une anticipation possible des projets (sans les milliers de couacs de dernier moment dûs à des manques de moyens ou de compétences); une vraie formation, initiale mais aussi continue tout au long de la carrière (un stage long tous les 5 ans serait idéal); et surtout moins d’élèves(25 est un maximum!) et davantage de possibilités de dégrouper….

Un salaire décent aussi qui fasse que l’autorité des enseignants soit mieux reconnue et qu’ils puissent vraiment récupérer de leur fatigue (que faire de toutes ces vacances si l’on n’a pas les moyens de sortir de chez soi?).

Ensuite, au lieu de vouloir sans cesse réformer l’école primaire(l’histoire des rythmes est une vaste pantalonnade, qu’on m’explique en quoi, se lever aux aurores un matin de plus et se presser d’arriver à l’heure un jour de plus dans la semaine, va éviter la fatigue des enfants…il faut surtout que les parents travaillent moins et les récupèrent plus tôt pour pouvoir les coucher plus tôt, mais ça c’est une transformation de société…et ça n’est pas au programme!), il faudra aussi se pencher sur le collège qui a en gros les mêmes besoins que l’école primaire mais à qui on réduit encore plus les moyens…or l’âge du collège est un âge fragile ou le décrochage est facile, il faudrait des équipes ultra-vigilantes et très bien formées (particulièrement psychologiquement…) pour encadrer ces ados qui seront les adultes de demain

Le tri systématique par la compétitivité n’est pas une solution d’avenir, ni pour l’école, ni pour la société! »

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