Fin de la grève des enseignants à Chicago (Le monde)

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La secrétaire générale du syndicat des enseignants de Chicago, Lisa Jason, après avoir voté la fin de la grève le 18 septembre 2012.

Détonnante dans le paysage social américain, la longue grève des enseignants de Chicago a pris fin, mercredi 19 septembre, après que les 26 000 adhérents du syndicat CTU ont obtenu des augmentations de salaire. Mais le maire de la ville et patron du système scolaire, Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet de Barack Obama, a gagné sur un point central qui avait motivé le conflit : dès cette année, les performances des élèves seront prises en compte dans l’évaluation des enseignants.
Les résultats des enfants à des tests « pèseront » pour 25 % dans la note attribuée à leur professeur pendant deux ans, puis pour 30 % à partir de la troisième année de la mise en oeuvre de la réforme. Le nouveau système rend possible le licenciement d’un enseignant dont la classe progresse insuffisamment.
Le syndicat de Chicago combattait cette mesure, arguant que les progrès des élèves dépendent de facteurs variés (aptitude personnelle, moyens attribués, etc.). Mais ce nouveau mode d’évaluation est au coeur de la politique d’amélioration des performances du système éducatif de Barack Obama, dont le maire de Chicago est un fidèle. Le fait qu’un maire démocrate, censé être proche des syndicats, leur ait tenu tête sur un point qui remporte l’adhésion des électeurs n’est pas anodin en pleine campagne présidentielle.
« HONNÊTE COMPROMIS »
Destiné à améliorer la qualité de l’éducation dans les zones défavorisées, le programme fédéral « Course en tête » (« Race to the top »), lancé par l’administration Obama, attribue des subventions (4 milliards de dollars depuis trois ans, soit 3,1 milliards d’euros) à des districts scolaires qui proposent des innovations. La prise en compte des progrès des élèves dans l’évaluation des enseignants fait partie des critères de sélection. Cette incitation fédérale a déjà conduit 31 des 50 Etats américains à adopter des mesures incluant ce type d’évaluation.
Selon une étude menée en 2011 sur 2,5 millions d’enfants par les universités d’Harvard et de Columbia, les élèves ayant de bons professeurs ont plus de chances d’accéder à l’université et à des emplois bien rémunérés. D’après cette recherche, remplacer les 5 % de professeurs les moins bien notés en fonction des performances de leurs élèves, par des enseignants classés dans la moyenne, accroît de 250 000 dollars les revenus prévisibles de leurs élèves pendant toute leur vie ! Mais les professeurs exerçant dans des quartiers défavorisés craignent que leurs difficultés spécifiques ne soient évacuées.
Qualifié d’« honnête compromis » par le maire de Chicago et salué par la Maison Blanche, l’accord qui a mis fin à la grève observée depuis le 10 septembre prévoit aussi d’augmenter de 17 % en quatre ans les salaires des enseignants du système public. Ces derniers perçoivent actuellement en moyenne 76 000 dollars par an, soit 4 850 euros par mois.
350 000 ÉLÈVES TOUCHÉS
Comme le souhaitait Rahm Emanuel, le nombre d’heures quotidiennes de classe à l’école élémentaire va passer de moins de 6 à 7 heures. Mais l’administration a accepté que les heures supplémentaires soient compensées par des recrutements. La moitié d’entre eux sera effectuée parmi les professeurs récemment licenciés après des restrictions budgétaires, mais bien notés.
La grève, qui a touché dès la rentrée les 350 000 élèves des établissements d’enseignement public de Chicago, a opposé le maire démocrate, connu pour ses méthodes autoritaires mais soutenu par les parents d’élèves, au puissant et radical syndicat des enseignants dirigé par la bouillante Karen Lewis. « Lorsque les problèmes éducatifs sont débattus, les gens qui concrètement travaillent dans les écoles doivent être entendus, a-t-elle déclaré. Nous avons progressé dans cette direction. »
La grève avait tourné à l’affrontement entre ces deux personnalités. « La seule façon de venir à bout d’un tyran, c’est de résister à un tyran », a lancé la dirigeante, lors d’une manifestation où les adhérents portaient tous le t-shirt rouge, signe de ralliement de leur lutte.

Philippe Bernard

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