Hollande : ses premiers pas dans la cour des petits

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Hollande : ses premiers pas dans la cour des petits

20 juin 2012 à 22:16

Analyse Mille postes en plus dans le primaire, trois heures de décharge pour les profs débutants… Vincent Peillon donne des gages aux enseignants, avant d’entamer son grand chantier.

Par VÉRONIQUE SOULÉ

Un mois et demi après l’élection de François Hollande, la première rentrée de l’après-Sarkozy se précise. Comme les précédentes, elle se déroulera sous le signe des suppressions des postes (14 000 au total) qu’il était trop tard pour annuler. Mais pour marquer la «rupture» et symboliser la priorité donnée à l’école, plusieurs mesures d’urgence ont été prises – notamment une hausse de l’allocation de rentrée scolaire, la création de 1 000 postes d’enseignants dans le primaire et une décharge hebdomadaire de trois heures de cours pour les profs débutants. Retour sur tous ces signaux que le gouvernement a voulu envoyer dès la rentrée pour rassurer, avant les réformes de fond et la grande refondation de l’école promises à l’automne après une concertation qui s’ouvre le 28 juin.

1 000 postes supplémentaires pour le primaire

Comparé aux 14 000 postes qui disparaissent – portant à près de 80 000 le total des suppressions depuis 2007 -, ce n’est pas grand-chose. Cela devrait permettre de soulager les situations les plus difficiles : classes à 30 en CP dans des zones difficiles, pénurie de remplaçants, etc. Mais c’est surtout une mesure phare illustrant les nouveaux accents de la politique éducative : la priorité donnée au primaire, sacrifié depuis trop longtemps selon le ministre («or c’est là que tout se joue», répète Vincent Peillon) et le souci de l’équité sociale. Car pour répartir les 1 000 postes dans les académies, on a notamment retenu comme critères «la difficulté sociale et scolaire» et «la ruralité».

Pour la rentrée, le ministre a prévu deux autres gestes, dont il lui faudra aussi assurer le financement lors du collectif budgétaire de juillet : la création, «autour de la Toussaint ou de Noël», de 500 emplois de personnels spécialisés dans la prévention de la violence qui seront affectés dans les établissements sensibles – un nouveau métier annoncé par François Hollande -, et un nombre indéterminé d’assistants d’éducation (surveillants) et de personnels d’encadrement. Il faut ajouter les 14 000 contrats aidés arrivant à échéance en juillet et dont la reconduction n’a pas été budgétée par le ministre sortant…

Mais tout cela n’est que l’avant-goût d’un débat qui s’annonce bien plus compliqué sur les 60 000 postes promis dans l’éducation durant sa mandature par François Hollande. La mesure va se heurter à plusieurs obstacles : par exemple, où trouver les nouveaux profs alors que l’on n’arrive déjà plus à pourvoir les postes dans certaines disciplines ? Et où trouver les économies à faire dans d’autres ministères, le Président ayant assuré que cela se ferait «à périmètre constant» de la fonction publique ?

Trois heures de décharge pour les profs débutants

Là encore, ce n’est pas le Pérou. Le Snes, principal syndicat du secondaire, demandait le double. Mais c’est un signe très attendu des enseignants, mobilisés contre la réforme de la formation des profs (la «mastérisation») qui envoie les débutants devant des classes sans avoir été préparés. Reprenant une promesse de François Hollande, Vincent Peillon a annoncé qu’elle serait revue de fond en comble lors de la concertation qui s’ouvre fin juin. En attendant, les recteurs vont devoir bricoler pour réorganiser la rentrée avec des profs débutants passant de 18 heures de cours par semaine à 15 heures. Pour l’instant, un tiers auraient déjà pris des mesures.

Pour boucher les trous, le ministre de l’Education n’est pas contre le recours à des profs retraités. Mais les syndicats apprécient peu… Peillon a fait un autre geste fort envers les enseignants : il va abroger le décret très contesté, signé in extremis par Luc Chatel, réformant l’évaluation des profs et qui devait entrer en vigueur le 1er septembre.

Les futures discussions sur la formation des profs s’annoncent, elles, délicates. D’abord, il s’agit d’un sujet très technique, qui met en cause de multiples acteurs – notamment les universitaires qui forment les profs au niveau master. Ensuite, les syndicats sont divisés sur le sujet, entre ceux voulant donner plus de place à la dimension professionnelle du métier et ceux privilégiant la partie disciplinaire. Tout cela renvoie à la conception même du métier et à ses évolutions, un sujet sensible et en plus clivant sur lequel le ministre a évité de se prononcer trop nettement.

Deux jours de plus aux vacances de la Toussaint

C’est décidé : après avoir tâtonné, Vincent Peillon propose de rallonger de deux jours et demi, dès cette année, les vacances de la Toussaint. Cela permettra de mieux équilibrer l’année, avec une alternance de deux semaines de congés et sept semaines de classes. Pour ne pas perdre de cours, la sortie sera repoussée d’un jour et demi et un autre jour sera récupéré, au choix, dans l’année. A la rentrée, la pause du midi devra par ailleurs être au moins d’une heure et demie dans le primaire.

La vraie discussion sur les rythmes scolaires, un temps fort de la concertation, devra, elle, aborder tout à la fois l’organisation de la journée – très chargée dans le primaire -, celle de la semaine – saccadée avec ses coupes du mercredi et du week-end – et de l’année – avec l’épineuse question des vacances d’été, souvent jugées trop longues. Là, le ministre, qui a déjà annoncé la fin des quatre jours en primaire, aura affaire à forte partie. Au-delà des profs et des parents, il lui faudra tenir compte des élus locaux, qui financent le transport et le périscolaire, et des industries touristiques. S’il mène à bien cette réforme devant laquelle tous ses prédécesseurs ont reculé, Vincent Peillon aura gagné son bâton de maréchal.

Le retour de l’histoire en terminale pour les S

Ce n’est pas le problème le plus aigu de l’école française mais François Hollande l’a promis durant sa campagne : il rétablira l’histoire en terminale S, supprimée par la réforme du lycée. Dès cette année, la matière sera «une option obligatoire» en terminale (proposée dans tous les lycées), a annoncé Vincent Peillon. Et en septembre 2013, elle redeviendra une matière à part entière.

Au-delà, sur le contenu des enseignements, le ministre est resté jusqu’ici très vague. Dans la lettre, révélée par l’Express, qu’il devrait adresser demain à tous les personnels de l’éducation, il laisse pourtant entrevoir l’ouverture de chantiers : la révision partielle du «socle commun» – la liste des connaissances, mais aussi des compétences que l’élève doit acquérir -, puis «la réécriture des programmes du primaire et du collège». Mais cela serait repoussé à une nouvelle concertation, celle qui s’ouvre étant déjà passablement chargée.

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