Pierre Merle : Répondre à la promesse républicaine d’égalité

Dans Café pédagogique

Pierre Merle : Répondre à la promesse républicaine d’égalité

Pierre Merle, sociologue, auteur d’ouvrages sur la ségrégation scolaire, invite le ministre à faire des choix politiques.

Une partie des réformes de l’école prévues par le nouveau gouvernement sont déjà connues : rythmes scolaires, révision des programmes de l’école élémentaire, formation des maîtres… Réformes urgentes tant, sur les dix dernières années, les constats des recherches PISA sont alarmants : augmentation de la proportion d’élèves faibles, accroissement des inégalités de compétences entre élèves, origine sociale déterminant plus qu’ailleurs le destin scolaire. Toute la difficulté du redressement est, outre les réformes difficiles déjà programmées, de modifier en profondeur les spécificités du système éducatif français.

Côté système, en France, la conception des élèves en ce début du XXIe siècle est encore assez proche de celle du XIXe. Une approche naturaliste est trop souvent présente : certains élèves seraient doués et motivés ; d’autres, dénués de ces qualités, condamnés à des scolarités écourtées. Dans les siècles passés, une telle lecture essentialiste des individus a limité les filles, au prétexte des « devoirs de la maternité » et de leur « habilité », à l’univers domestique et aux travaux d’aiguilles. Que montre aujourd’hui la statistique scolaire ? Qu’elles sont désormais meilleures que les garçons, beaucoup plus souvent bachelières et licenciées ! Les principes d’égalité et d’éducabilité se sont imposés quel que soit le sexe. Ils doivent désormais s’appliquer à tous les élèves et l’emporter sur l’idéologie des dons qui vise, en invoquant les différences individuelles, non à expliquer les inégalités scolaires mais à les justifier. Pour quelle raison, les sorties sans diplôme concerneraient-elles moins d’un élève sur vingt dans certains systèmes éducatifs et plus d’un sur six en France ? Les petits Français seraient-ils, par nature, moins compétents que d’autres ?

La note et le stress

Côté système encore, l’école française est prisonnière d’une quantophilie obsessionnelle. Dès le plus jeune âge, les compétences des élèves, et par amalgame les élèves eux-mêmes, sont mesurés, hiérarchisés, sélectionnés. L’idée que la notation est indispensable aux progrès scolaires est même, pour certains professeurs, élèves et parents, une vérité indiscutable alors que certains systèmes éducatifs ont peu, voire pas du tout, recours à la note. Il en est ainsi de l’école finlandaise. Les écoliers ne sont pas notés avant onze ans et sont, ô miracle, parmi les meilleurs à quinze. Pour les élèves en difficulté, la note n’est pas seulement inutile, elle est aussi contreproductive. L’exigence institutionnelle de la note finit par se substituer à l’essentiel : aider, expliquer, apporter confiance et enthousiasme. Pour l’instant, surchargé de contrôles et de notes, l’élève français – les études PISA le montrent – est spécifiquement stressé, manque de confiance en lui, n’aime pas trop son école. Mieux vaut penser le temps scolaire en termes d’éveil, d’apprentissage, de formation, de découverte des savoirs. Aux jeunes âges, lorsque l’image scolaire de soi est encore fragile, la mauvaise note tend à réduire l’élève à ses erreurs, mine sa motivation, produit de la résignation acquise. L’élève n’est pas une performance qu’il faut évaluer mais une intelligence qu’il faut construire.

Côté système toujours, il faut refonder l’aide aux élèves en difficulté. Notre système éducatif est pervers. Il accrédite l’idée, par le biais de l’éducation prioritaire, qu’il donne plus à ceux qui ont moins. Ce discours généreux, illusion scolaire entretenue depuis trop longtemps, ne résiste pas à l’analyse. Ce sont les élèves de Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles qui sont les grands bénéficiaires des dépenses éducatives ( ). Les dépenses dont profitent les élèves des ZEP sont réduites : moins d’options souvent coûteuses et plus de professeurs débutants deux fois moins rémunérés que les professeurs de fin carrière, plus expérimentés, en poste dans les établissements du centre ville… Il faut repenser le financement de l’école de façon à ce qu’il soit, pour chaque établissement, en adéquation effective avec la proportion d’élèves redoublants et en difficulté scolaire. Le principe d’un financement variable selon les conditions d’apprentissage est en œuvre en Belgique ou aux Pays-Bas, pourquoi ne serait-il pas en œuvre en France ?

Réduire la ségrégation

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