Les sanctions contre les enseignants-désobéisseurs doivent être levées

Dans le blog d’Alain Refalo

Les sanctions contre les enseignants-désobéisseurs doivent être levées

22 Mai 2012

Les premières annonces du ministre de l’éducation nationale concernant l’école sont encourageantes : suppression des évaluations nationales, symbole de la culture du pseudo-pilotage par les chiffres, de la compétition et du managment par le stress, abandon des programmes de 2008, rétrogrades et trop lourds, remise en cause de la semaine de 4 jours, inadaptée et épuisante pour les élèves, concertation sur les rythmes scolaires afin qu’il soient davantage au service des besoins des enfants.

C’est pour ne pas cautionner ces mesures symboles des contre-réformes de Xavier Darcos et Luc Chatel que des milliers d’enseignants du primaire sont entrés en résistance dès le mois de novembre 2008. Ouvertement, au mépris du risque des sanctions, ils ont clairement signifié à leur hiérarchie leur refus d’être les complices de dispositifs qui reniaient l’éthique de leurs missions d’enseignant et d’éducateur. Résistance éthique, résistance responsable car jamais, elle n’a pénalisé les élèves concernés. En effet, les enseignants-désobéisseurs ont toujours eu à cœur de mettre en place des alternatives pédagogiques efficaces pour assurer la continuité et l’efficience du service public d’éducation face à une entreprise de destruction sans équivalent menée par un pouvoir libéral-autoritaire.

Aujourd’hui, ces premières annonces qui préparent un changement de cap pour l’école légitiment encore davantage la cause des enseignants-désobéisseurs qui n’ont jamais voulu se résigner à l’idée d’une école élitiste. Ce combat était reconnu par les parents d’élèves et notamment leur principale fédération, la FCPE. Il avait le soutien de nombreuses personnalités, dont Philippe Meirieu, Stéphane Hessel et Albert Jacquard, pour n’en citer que trois. Les mouvements pédagogiques, tel l’ICEM, étaient à leur côtés, et même au cœur de cette résistance inédite.

Pour cette cause, les enseignants-désobéisseurs ont payé, pour certains, un lourd tribut. Pressions de la hiérarchie, convocations multiples, visites impromptues ou non dans les classes d’inspecteurs aux ordres de l’académie, rapports à charge, retenues sur salaire, suspension, baisse de note, refus de promotion, sanctions disciplinaires. Plusieurs centaines d’enseignants du primaire ont subi ces sanctions sur les quelques trois mille déclarés ouvertement en résistance. Leur victoire, c’est qu’ils n’ont jamais cédé. Ils ne sont jamais rentrés dans le rang. La solidarité du Réseau des enseignants du primaire en résistance a été plus forte que la répression.

Justice doit leur être rendue. Justice doit nous être rendue. C’est le sens de cet Appel des 60 enseignants-désobéisseurs adressé le 21 mai au ministre de l’Education nationale. Nous avons pris la plume non pas « dans un esprit de revanche, mais avec une exigence de justice ». Nous demandons « solennellement que soient levées ou effacées toutes les sanctions qui nous ont frappés et que soit symboliquement reconnue notre action pour la défense de l’école de la République ».

Face à la défiance qui s’est installée à tous les échelons du système éducatif et particulièrement entre les enseignants de base et leur hiérarchie, il est des gestes utiles qui permettraient de rétablir un début de confiance. Recevoir les représentants du Réseau des enseignants du primaire, qui trop souvent ont été privés d’un dialogue constructif avec leurs supérieurs, serait un signe fort, un signe clair, un signe positif pour l’avenir de l’école. Il est attendu par toutes celles et tous ceux qui ont souffert, qui ont résisté, qui ont pris des coups en défense de l’école publique.

Dans notre Appel des enseignants du primaire en résistance, en date du 3 décembre 2008, nous affirmions que l’action de résistance pédagogique reposait sur deux piliers indissociables et complémentaires : la non-coopération et le programme constructif : « Notre résistance veut impliquer indissociablement un programme de non-coopération qui s’oppose aux mesures qui nous semblent nocives pour l’avenir  de nos écoles et un programme constructif qui proposeles solutions qui nous semblent susceptibles de préparer cet avenir. » Après le temps de la désobéissance doit donc venir le temps des propositions, du dialogue, de l’écoute et de la co-élaboration. Les enseignants-désobéisseurs n’ont pas vocation à rester désobéisseurs. Ils veulent devenir les enseignants-acteurs de l’école de demain.

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