Mercredi 2 mai : Guerre des écoles en direct

Dans Le Monde du 3 mai

Guerre des écoles en direct

La guerre des écoles a bien eu lieu. Les deux conceptions de l’éducation, qui se répondent depuis le début de la campagne par discours interposés se sont affrontées face à face mardi soir.

Accusé par le président sortant d’«incapacité à dire non », et de « folie dépensière », à propos des 60 000 postes de fonctionnaires que le candidat socialiste a promis de récréer dans l’éducation s’il est élu ; François Hollande a retourné la critique à son avantage, rendant Nicolas Sarkozy responsable de cette obligation dans laquelle il se trouve de remettre devant les classes des forces d’enseignement alors que le quinquennat qui s’achève a opéré des coupes draconiennes. Que peut-il faire d’autre compte tenu de « l’état de désespoir dans lequel se trouvent aujourd’hui les enseignants ; de l’état dans lequel vous avez laissé l’éducation nationale », s’est demandé à haute voix le candidat du PS.

François Hollande, qui avait forcément envie d’amener dans le débat ce sujet central dans sa campagne, a saisi l’occasion offerte sur un plateau par le chef de l’Etat. Manoeuvre habile qui lui a donné un air protecteur le temps d’une citation : « Moi je protège les enfants de la République. Vous,vous protégez les privilégiés, c’est votre droit », a lancé François Hollande à son rival.

Le ton était donné. Les positions des deux candidats ont pu ensuite être déroulées. Le chef de l’Etat a développé sa maîtresse idée en matière d’école : augmenter les enseignants de 500 euros mensuels et leur demander de travailler 26 heures par semaine au lieu des 18 heures de cours auquel un professeur est en général astreint. 21 heures de cours et 5 heures pour rencontrer les parents, se concerter… Une évolution basée sur le volontariat qui, additionnée à une plus grande autonomie des établissements doit à ses yeux faire bouger notre école mal en point. Hier soir il n’a pas développé l’autonomie. Pas plus que François Hollande n’a développé sa priorité sur l’enseignement primaire. Le format se prêtait plus aux invectives et aux querelles de chiffres qu’au débat de fond.

Prévu comme sujet de la seconde partie, l’école s’est invitée très tôt dans le débat, bousculant l’ordre préétabli des questions. A vrai dire, Nicolas Sarkozy avait déjà un peu lancé le sujet lorsqu’il s’était félicité dès les premières minutes de la rencontre, de n’avoir pas eu de grandes manifestations durant son quinquennat et qu’il avait glissé un « souvenez-vous de Monsieur Mitterrand et de l’école libre… et de toutes ces réformes avortées de l’université ». Ensuite le chef de l’Etat a essayé de revenir sur ce thème, volant au passage l’approche « économie du savoir » que François Hollande avait développée lors de sa visite au salon de l’éducation en novembre 2011. Juste le temps d’en prononcer l’expression et on était déjà à autre chose. Mais c’est comme si cette expression était un sésame qui peut rapporter les bulletins de votes de ceux qui pensent que l’école est un investissement et non une dépense.

Puis plus rien. Une bataille de chiffonniers pour savoir si on avait plus ou moins de maîtres d’école que nos voisins. François Hollande, nourri aux fiches de Vincent Peillon, connaissait mieux sa leçon et Nicolas Sarkozy s’est trompé disant que nos élèves étaient mieux encadrés que ceux des pays voisins. Outre cette erreur, le chef de l’Etat a semblé oublier une nouvelle fois qu’il avait promis en cas de réelection d’en finir avec le non remplacement de la moitié des départs en retraite des enseignants du primaire. Lors du débat de mardi il a en effet rappelé qu’ « il n’y avait pas de problème de quantité de postes en primaire ». Si l’on ajoute à cette citation le fait que le 28 février 2012, jour de son discours sur l’école il a tout bonnement oublié de prononcer la partie de son discours qui contenait cette mesure, on finit par croire que décidément le sujet coince !
Maryline Baumard

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