Les évaluations CE1, CM2 : non fiables et instrumentalisées ?

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Les évaluations CE1, CM2 : non fiables et instrumentalisées ?

La circulaire de rentrée, rédigée par la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO), s’appuie sur les évaluations CE1, CM2, organisées par cette même DGESCO, pour justifier la politique actuellement conduite : « L’école du socle commun … suppose des bases solides, acquises à l’école primaire, notamment en français et en mathématiques. Les dernières évaluations de CE1 et CM2 sont très éclairantes à cet égard. L’amélioration du niveau de français des élèves de CE1 est tout particulièrement un encouragement à approfondir le sillon des savoirs fondamentaux et de l’accompagnement personnalisé. »[1]

Or ces évaluations, qui, dans l’état actuel des choses, devraient  avoir lieu cette année la dernière semaine de mai (!) sont quasi unanimement critiquées et rejetées.

En particulier, l’avis du Haut Conseil de l’Éducation (HCE), – instance indépendante du Ministère et pluraliste – sur ces évaluations en CE1 et CM2 mises en place par la DGESCO, est particulièrement critique. [2]

LA FIABILITÉ DE CES EVALUATIONS MISE EN CAUSE.

Que dit le HCE des indicateurs tirés de ces évaluations : « ils ne sont pas fiables pour des raisons de méthode [notamment parce que] la confusion entre deux types d’évaluation les prive de la rigueur nécessaire.

 

Le protocole actuel des évaluations de CE1 [et de CM2] prévoit que tous les enseignants font passer les évaluations à leurs propres élèves et les corrigent. Les résultats sont ensuite agrégés au niveau national pour en tirer des indicateurs globaux.

Or il n’est pas de bonne méthode de confondre deux types d’évaluation : d’une part les évaluations dans la classe dont l’enseignant a régulièrement besoin pour adapter son enseignement en fonction des acquis de ses élèves, d’autre part une évaluation nationale destinée au pilotage du système éducatif. Cette confusion est manifeste en ce qui concerne les évaluations de CE1 [et de CM2], ainsi que l’attestent les finalités multiples avancées par le ministère de l’Éducation nationale : « Ces évaluations situent les acquis de chaque élève par rapport aux objectifs définis dans les programmes. À partir de ce constat, les enseignants apportent une aide personnalisée aux élèves qui en ont besoin. Elles ont aussi pour but d’« informer les parents et [de] leur permettre de suivre les progrès de leur enfant ». Enfin, il s’agit de « disposer d’indicateurs fiables des acquis des élèves pour mieux piloter le système éducatif ». Cette confusion tend à déformer la perception que les différents acteurs ont de l’évaluation.

En outre, compte tenu de la diversité des pratiques observées (certains enseignants laissant par exemple à leurs élèves plus de temps que prévu pour faire les exercices) ou de la reprise à l’identique d’un certain nombre de questions d’une année sur l’autre (ce qui peut inciter les enseignants à « préparer » leurs élèves à y répondre), les évaluations de CE1 [et de CM2] ne peuvent servir de support à l’élaboration rigoureuse d’un indicateur de pilotage du système éducatif relatif aux acquis. »[3]

 

Le Haut Conseil de l’Education ne mâche donc pas ses mots, et dit ainsi clairement que ces évaluations produisent des indicateurs qui ne permettent pas l’évaluation « transparente et objective » de la politique éducative qu’il juge, à juste titre, nécessaire. Sur le plan politique, on peut dire que ces évaluations permettent au Ministre et à la DGESCO de donner une image flatteuse des résultats de la politique qu’ils conduisent, image sans doute « trompeuse » pour reprendre un terme utilisé par le HCE.

Le Haut Conseil souligne à juste titre que les enseignants sont incités « à préparer leurs élèves à répondre » aux évaluations. Ils le sont d’autant plus qu’on les menace d’utiliser les résultats de ces évaluations pour les juger, voire pour les rémunérer, ou pour mettre en concurrence les écoles. Ils peuvent même y être directement encouragés par leur hiérarchie, parfois par écrit :

 

Extrait de la note de service de janvier 2012 d’un inspecteur aux écoles de sa circonscription :

« Je vous propose de vous appuyer sur les savoir-faire que vous avez développés depuis l’avènement des évaluations CM2 en proposant à vos élèves des prétests.

En effet, placées en janvier, les évaluations CM2 permettaient de mettre en place des aides ciblées, aide personnalisée, stage de remise à niveau, différenciation pédagogique ou reprise de notions carencées pour tout le groupe classe.

Comme je l’ai évoqué à plusieurs reprises durant les réunions de directeurs ou les animations pédagogiques, certains élèves peuvent être gênés par des épreuves en temps limité, stressés par le protocole voire perturbés par des consignes différentes de celles habituellement usitées dans la classe.

Cette passation aura de plus l’avantage de préparer les élèves à ce type d’épreuves »[4]

ÉVALUER OU ENSEIGNER ?

Mais il faut aller plus loin dans la critique, ces évaluations sont non seulement peu fiables, mais elles sont dangereuses, au moins pour trois raisons :

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