Des « déchiffreurs de l’éducation » pour lutter contre la désinformation

Dans Le Monde (premier article) et dans LHumanité (second article)

 

Des « déchiffreurs de l’éducation » pour lutter contre la « désinformation »

LE MONDE | 03.04.2012 à 17h39 • Mis à jour le 03.04.2012 à 17h42

Par Aurélie Collas

Le collectif des "déchiffreurs de l'éducation" s'est officiellement constitué mardi 3 avril.

Publications bloquées, statistiques « discutables voire mensongères », chiffres détournés au service de la communication politique… C’est sur ce constat partagé de « désinformation » que s’est officiellement constitué, mardi 3 avril, le « collectif des déchiffreurs de l’éducation ».

A l’origine de l’initiative, on trouve des professionnels de la statistique publique comme Jean-Claude Emin, ancien sous-directeur à la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l’éducation nationale, et Daniel Blondet, ancien chargé d’études à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO). Autour d’eux se sont rassemblés des syndicats (FSU, UNSA, CGT, SUD, SGEN-CFDT), les parents d’élèves de la FCPE, des universitaires et des associations (le CRAP-Cahiers pédagogiques, la Ligue de l’enseignement…). Leur ambition : publier, sur leur blog www.lesdechiffreurs.com, des données « scientifiquement fondées » et promouvoir ainsi un « débat public de qualité » sur l’éducation.

STATISTIQUES DÉTOURNÉES

Depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, les informations diffusées au grand public issues de la DEPP, des inspections générales ou du monde universitaire, se font de plus en plus rares. « Des rapports existent sur les effets de l’assouplissement de la carte scolaire [lancé en 2007, ndlr], mais aucun n’a été publié », note ainsi Jean-Claude Emin. Aucune donnée n’a été rendue publique sur les prévisions d’effectifs d’élèves (qui ne cessent d’augmenter ces dernières années). Rien non plus sur l’aide personnalisée à l’école primaire.

Certaines informations sont diffusées avec des mois de retard. Ainsi, le bilan de la rentrée 2010 a été publié à l’été 2011 alors qu’il était prévu pour février. Seul un « pré-bilan » de la rentrée 2011 a « fuité » dans la presse en janvier. On attend encore le bilan complet.

Le collectif évoque aussi des statistiques « détournées au profit de la communication politique ». Le plus bel exemple de détournement, disent-ils, est le comptage des « décrocheurs » : alors que le ministère a évoqué, tour à tour, 180 000 décrocheurs entre juin 2010 et mars 2011, 223 000 entre juin 2011 et octobre 2011, et 306 000 entre juin 2010 et septembre 2011, le collectif observe que tout converge vers une « surévaluation des chiffres » des décrocheurs. D’abord, parce que la définition du ministère englobe non seulement les jeunes sortis du système de formation initiale sans diplôme, mais aussi ceux qui « risquent » de quitter le système sans diplôme. Ensuite, parce que dès qu’un jeune quitte un établissement, il est comptabilisé comme décrocheur alors qu’il peut se réinscrire dans une autre formation. Par ailleurs, les chiffres du ministère portent sur des durées différentes et ne peuvent donc être comparés. Pour le collectif, l’ordre de grandeur à retenir est 120 000 jeunes sortis du système éducatif sans diplôme ou avec le seul brevet des collèges, soit 17 % à 18 % des 700 000 « sortants » du système scolaire chaque année.

« JUGE ET PARTIE »

Enfin, le collectif dénonce fermement les évaluations de CE1 et de CM2. Selon un membre de la DEPP présent à la conférence de presse du collectif, « ces évaluations sont sujets à caution du fait que la DEPP en a perdu la maîtrise et qu’elles ont été confiées à la direction générale de l’enseignement scolaire [DGESCO]. » La DGESCO serait donc « juge et partie ». Dans un rapport publié en septembre 2011, le Haut Conseil de l’éducation avait même qualifié ces évaluations de « partielles », « peu exigeantes » et « trompeuses ». Avec un petit rappel à l’ordre, au passage, adressé à la Rue de Grenelle : dans une démocratie, « il est essentiel que les données concernant les résultats du système éducatif soient objectives et transparentes, donc incontestables ».

Le collectif des déchiffreurs de l’éducation nationale souhaite mettre fin à ces pratiques qui « faussent le débat sur l’école » et « jettent le discrédit » sur les travaux des services ministériels chargé de la statistique et de l’évaluation. Il revendique la mise en place de gardes- fous pour garantir l’indépendance et l’autonomie de la statistique publique. Deux articles sont déjà en ligne sur son blog : l’un sur l’augmentation des effectifs scolaires (Nicolas Sarkozy a récemment assuré qu’ils étaient en baisse), l’autre sur les 250 000 bacheliers en apprentissage (l’une des promesses de campagne du président-candidat).

Aurélie Collas

 

Société – le 3 Avril 2012

Les « déchiffreurs » décryptent le décrochage scolaire

Le « Collectif des déchiffreurs de l’éducation », créé pour décrypter les statistiques du système éducatif afin de « promouvoir un débat pluraliste et lutter contre la désinformation », démonte ce mardi les chiffres du décrochage scolaire, dont Luc Châtel use et abuse depuis un an.

Le Collectif des déchiffreurs commence ainsi : « depuis un an, le ministre Châtel communique abondamment sur les nombres de « décrocheurs » et de jeunes quittant le système éducatif sans diplôme, en avançant des chiffres aussi variables que fantaisistes, sans que l’on sache comment ils ont été construits.  » Le ministre a ainsi avancé tour à tour « 254000 », « 223000 » ou encore « 306000 » décrocheurs. Pour le collectif, si ce terme de décrocheur s’entend comme les « sortants sans diplômes », ce qui empêche de poursuivre des études supérieures de se présenter comme ayant une quelconque qualification, le chiffre serait plutôt de 120 000 par an, soit 17 à 18 % des sortants, contre 30 % au début des années 80.

Les déchiffreurs de l’éducation

« Publications bloquées », « chiffres fantaisistes », « statistiques détournées »: ce collectif tire son origine des « dérives constatées ces dernières années dans l’usage des statistiques au service de la communication ministérielle ». Leurs exemples sont légion: flou sur le nombre de « décrocheurs » du système scolaire, mais aussi rétention des prévisions d’effectifs des élèves, mise en avant de chiffres faux, rapports commandés aux inspections générales ou à des chercheurs mais qui ne sont jamais publiés, etc.

Des décryptages à retrouver sur leur blog

 

 

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