Les élèves de maternelle seront bien évalués

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Les élèves de maternelle seront bien évalués

LE MONDE | 30.03.2012 à 13h53

Concernant les écoles maternelles, le ministère de l'éducation présente un nouveau projet sans la notion d'enfant "à risque".

Qu’est-ce qu’un « outil d’observation des besoins » ? C’est tout simplement la version repensée, discutée et amendée, des évaluations d’élèves que le ministère de l’éducation nationale comptait imposer en grande section de maternelle et que Le Monde avait dévoilées le 13 octobre 2011.

L’habillage est plus politiquement correct et présenté dans la circulaire de rentrée 2012, parue jeudi 29 mars. Y est préconisée non plus une « évaluation » à proprement parler, mais une phase d’« observation » des besoins des élèves, menée par les enseignants au premier trimestre de la grande section. S’ensuit la mise en place d’une « aide différenciée », soit dans la classe – en petits groupes -, soit dans le cadre de l’aide personnalisée.

« DISPOSITIF PARMI D’AUTRES »

Ont disparu l’évaluation systématique et le classement des élèves « à risques » et « à hauts risques », comme il en était question dans la première version du projet. Reste un « dispositif parmi d’autres, offert aux enseignants comme un outil pédagogique », explique Jean-Michel Blanquer, le directeur de l’enseignement scolaire à l’origine du projet. « Grâce à une concertation approfondie, nous avons abouti à un consensus scientifique », précise-t-il.

Ce consensus se serait fait autour des dix compétences qui seraient prédictives de la réussite dans les apprentissages fondamentaux. Cinq portent sur la maîtrise de la langue. Elles intègrent la capacité à « comprendre un texte oralisé », à «  reconnaître à l’oral les mots, les syllabes, les phonèmes », à « avoir suffisamment de vocabulaire » ou encore à « s’exprimer oralement ». En mathématiques, il faudra que les enfants aient « le sens des nombres », mais aussi quelques repères en espace et en géométrie. S’y ajoutent trois compétences transversales : la motricité fine et les capacités graphiques, l’attention et la mémoire, et la capacité à s’organiser dans les tâches.

Interrogé en novembre 2011 sur l’opportunité de maintenir une évaluation du comportement des enfants, qui avait fait scandale dans le premier projet, le ministre Luc Chatel disait n’avoir pas tranché. M. Blanquer concédait hier que ce sujet est gardé « pour la dernière partie des travaux ».

M. Blanquer tient à préciser que les documents que Le Monde a entre les mains « ne sont pas des outils définitifs », puisqu’ils « sont soumis à discussion avec les syndicats ». Reste que la circulaire de rentrée est explicite, fixant le cadre et le cap. Et que les premiers outils qui comprennent des tests et des exercices d’entraînement et qui concernent la « manipulation des phonèmes », devraient être « mis à la disposition des enseignants » avant la rentrée scolaire.

« PRESSION SUR LA GRANDE SECTION DE MATERNELLE »

Les syndicats, qui ont été consultés, restent critiques. D’une part, parce que les outils ne privilégient pour l’instant qu’une seule approche : celle des neurosciences. D’autre part, parce que « les apprentissages sont imposés de plus en plus tôt », regrette Claire Krepper, du SE-UNSA. Ainsi, le ministère propose de travailler sur le découpage des mots en phonèmes dès le début de la grande section, alors qu’on l’enseigne aujourd’hui en fin d’année, voire au CP.

« Une pression est mise sur la grande section de maternelle, qui risque de devenir seulement une usine à fabriquer des CP avant l’heure », déplore Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, le principal syndicat des professeurs des écoles. « On oppose de manière factice le « bien-être » et le « bien apprendre ». Parfois, on prône le modèle des pays nordiques qui laisse aux enfants le temps d’apprendre et de s’épanouir ; parfois, on impute à la maternelle le fait que des élèves n’arrivent pas à apprendre à lire », poursuit-il. Selon lui, c’est le second courant qui prime aujourd’hui.

C’est aussi ce que déplore le psychopédagogue Serge Boimare pour qui « les impératifs lourds qui pèsent sur les enseignants en terme d’acquis des élèves les poussent au bachotage alors qu’en maternelle, il est beaucoup plus profitable de faire un travail de socialisation et de passage par la culture qui permettra aux enfants d’entrer dans les apprentissages sans problème ».

Maryline Baumard et Aurélie Collas

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Le ministère veut proposer des outils d’observation et de renforcement pour les élèves de grande section. Premier projet : des activités de phonologie peu adaptées, très mécaniques et uniquement inspirées de l’approche médicale.

Selon le ministère, ce devrait être la grande nouveauté de l’année : un programme d’aides pour les élèves de grande section dans dix domaines clés de la maternelle ( voir ci-dessous). Oublié donc l’épisode calamiteux d’octobre dernier qui consistait à les évaluer, pour classer les élèves en trois catégories ( RAS, à risque, à haut risque).
Présenté dans la circulaire de rentrée, ce nouveau programme est constitué d’outils d’observation et de renforcement pour les élèves de grande section de maternelle qui auraient des difficultés dans l’un des dix domaines clés. Le ministère insiste sur leur caractère non obligatoire. Ils sont seulement mis à la disposition des enseignants.

Phonologie : une seule manière de faire ?

Le premier programme, concernant le domaine de la phonologie, a été présenté au SNUipp-FSU le 27 mars dernier. Le ministère le soumet comme un projet en cours d’élaboration, destiné à être opérationnel pour Septembre. D’autres devraient suivre en décembre, comme la compréhension de l’écrit et le vocabulaire.
Premier constat : Le projet est loin d’être abouti. Pour le SNUipp-FSU, tout cela n’est même pas très sérieux. D’une part, l’approche proposée reste “monocolore”. Les activités ont été conçues par des médecins et l’équipe du Dr Zorman, à partir du programme « Parler » édité chez la Cigale. Très clairement, le ministère vend ici « une seule manière de faire ». C’est ainsi que pour la phonologie, sont écartés des outils conçus par d’autres spécialistes, reconnus et testés par les enseignants. Jean-Michel Blanquer, Directeur général de l’enseignement scolaire, un des responsables du projet, assume ce « parti-pris » qui favorise une chapelle de la recherche. Sur quelles bases et selon quelles conclusions sérieuses ?

Des activités peu adaptées à l’âge des élèves

Par ailleurs, les activités proposées sont pour nombre d’entre elles peu adaptées à l’âge des élèves de grande section. C’est ainsi que des exercices de renforcement sont proposés dans le premier trimestre de GS ( découpage de mots en phonèmes : BOL : « B » « O » « L ») alors qu’ils sont de fin de GS, voire de début de CP. A vouloir faire trop tôt, cette approche va finir par défavoriser les élèves les moins avancés.
D’autres exercices sont même définitivement à côté du sujet. Concernant le découpage syllabique des mots par exemple, les exercices se proposent de se servir de supports images, elles même découpées. Le lien entre le mot entendu et l’image est complétement artificiel.

Selon Mireille Brigaudiot, spécialiste du langage, cela va entrainer de la confusion chez les enfants, notamment les plus fragiles. Pour le SNUipp-FSU elle explique : « on leur fait croire qu’écrit et dessin fonctionnent dans le même registre : couper un mot en deux ou couper un dessin en deux c’est pareil ; on a à chaque fois deux morceaux de quelque chose. Or, c’est faux ! surtout pour l’écriture du français qui contient par exemple des semi-voyelles ne permettant pas de « couper-séparer » les lettres. Dans le mot « moyen », la lettre Y appartient à la fois à la première syllabe qui est [mwa] et la seconde qui est [jî]  »

Autre exemple : l’enfant doit séparer le carton comportant l’image d’un mot. Là encore Mireille Brigaudiot analyse : « non, un mot n’a pas d’image ! au mieux, un référent peut être illustré. Les enfants entrent dans le langage en traitant simultanément les noms et tous les autres mots, pas du tout comme des éléments de catégories mais comme des énoncés : chaînes sonores longues, portées par l’intonation et l’affect d’un adulte dans une relation. En entendant « et oui ! on va aller au square » quand il dit en écho à un an et demi « kar » (fin de l’énoncé « square ») il a, d’une certaine manière, très bien segmenté ce qu’il a entendu. Or, ce “travail” s’est fait SANS référent sous les yeux. Par opposition, je rappelle que des expériences ont été faites dans plusieurs pays pour entraîner les bébés à dire des mots en leur montrant des images (en France, par ex Rachel Cohen dans les années 70), avec entraînement, et que tout ça a été abandonné »

A revoir

Pour le SNUipp-FSU, ce premier projet est à revoir. Le risque est grand de vouloir normaliser ces activités dans toutes les classes. Pour rappel, le ministère a prévu de former 2 000 conseillers pédagogiques pour ces outils. Ce programme dénote d’une vision rigide et mécanique des apprentissages. La Grande section risque de ne devenir qu’une usine à fabriquer des CP. Avec de tels outils, plus besoin de former les enseignants à l’enseignement en classes maternelles, il suffit de prescrire des techniques. Le SNUipp estime que la maternelle mérite mieux. Il faudrait une vision globale des trois à quatre années de maternelle pour envisager des activités permettant, avec bienveillance et attention, d’aider tous les élèves à progresser dans leurs apprentissages sensoriels, moteurs, intellectuels, langagiers et culturels.
Il a demandé au ministère de revoir complétement cette première copie…avec un peu de sérieux cette fois !

Les dix domaines proposés par le ministère

Pour la maîtrise de la langue :
- Comprendre un texte oralisé et se familiariser avec l’écrit
- Reconnaître à l’oral les mots, les syllabes, les phonèmes (segmenter, discriminer) et connaître les lettres de l’alphabet
- Avoir suffisamment de vocabulaire
- Avoir une conscience syntaxique (qui fait quoi, où, quand, comment ?)
- S’exprimer oralement

Pour les mathématiques :
- Le sens des nombres
- L’espace et la géométrie

 

Pour les compétences transversales :
- La motricité fine et les capacités graphiques
- L’attention et la mémoire
- S’organiser dans les tâches, planifier.

 

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