« Monsieur le Président, cette récompense, je n’en veux plus »

Dans C’est classe !

27 mars 2012

« Monsieur le Président, cette récompense, je n’en veux plus »

 Palmes  académiques, flickr

Homme portant les palmes académiques le 10 octobre 2006 (Flickr, par GlobalX)

« Monsieur le Président, il y a quelques années, le Ministère de l’Education nationale avait jugé légitime de me récompenser en me faisant chevalier puis officier des Palmes académiques pour « services rendus à l’éducation nationale ». Cette récompense, je n’en veux plus« .

Henri Lanta, professeur de Sciences économiques et sociales (SES), est une figure respectée du monde enseignant. Aujourd’hui à la retraite, il est l’un des grands défenseurs de cette discipline, régulièrement attaquée par la droite et les milieux de l’entreprise qui la jugent trop sociologique, voire gauchiste. Il est aussi une référence historique – en 1967, il fut aux tout débuts de la série B (économique), prédécesseure de la série ES (économique et sociale).

Pour marquer son désaccord avec la politique éducative du quinquennat et ses effets qu’il juge désastreux, il a décidé un geste spectaculaire: rendre ses Palmes académiques et envoyer un courrier à Nicolas Sarkozy expliquant pourquoi.

L‘ordre des Palmes académiques a été créé en 1955, pour récompenser « le mérite personnel » ou « les services importants » rendus par des membres de l’Education nationale. C’est un titre honorofique qui compte trois grades – commandeur, officier, chevalier (par ordre décroissant).

106px-Palmes_academiques_Chevalier_ribbon.svgHenri Lanta a reçu le grade de chevalier dans les années 1970 – il ne se souvient plus exactement de la  date -, de façon quasi automatique en tant que membre de l’Inspection Générale de SES (il l’a été de 1970 à 1978).

106px-Palmes_academiques_Officier_ribbon.svgIl a été promu officier le 6 novembre 2001, par décret du Premier Ministre socialiste Lionel Jospin contresigné par Jack Lang. La demande a été faite par le proviseur du lycée Henri IV où il a enseigné en classes préparatoires BL (Lettres et sciences humaines) de 1982 à 2003, date à laquelle il a pris sa retraite.

Voici des extraits de sa missive:

« Monsieur le Président, je vous écris une lettre …

« Dernièrement, des membres de l’Education nationale ont décidé de renvoyer leurs Palmes pour manifester de façon symbolique leur condamnation catégorique de l’état dans lequel vos choix vont laisser l’école primaire, le collège et le lycée.

« C’est pour cette raison que je renvoie les miennes non au ministère de l’Education nationale mais à l’Elysée où, depuis 5 ans, vous avez décidé de tout sur tout ».

« Début 2008, vous déclariez: « l’école primaire Ordre_des_Palmes_académiquesest une priorité trop longtemps délaissée alors que son affaiblissement est la cause principale de l’échec au collège » et encore « Je prends un engagement: nous allons diviser par 3 le taux d’échec scolaire à la sortie du CM2 d’ici à la fin de la mandature ». Vous en souvenez-vous ?

« Rentrée scolaire 2011: dans le primaire, 1500 classes ont été fermées, surtout en milieu rural, 8967 postes budgétaires supprimés (16000 en primaire, collèges et lycées).

« Monsieur le président, où en êtes-vous de cette division par 3 du taux d’échec à la fin du CM2 ? La suppression de dizaines de milliers de postes dans le primaire, celle de milliers de postes de professeurs-Rased, ont-elles porté leurs fruits ?

« Depuis 2007, les 2 ministres-auxiliaires Xavier Darcos et Luc Chatel tentent de faire passer le « raisonnement » suivant: depuis 20 ans, le nombre d’enseignants s’est considérablement accru et le niveau des élèves ne s’est pas amélioré. Conclusion: puisque la création de postes ne permet pas d’améliorer les performances, leur suppression ne les fera pas baisser.

« Monsieur le Président, vous le savez bien, la réalité n’a rien à voir avec cette imposture. La réalité, c’est le choix que vous avez fait en 2007 et obstinément maintenu jusqu’aux approches de l’élection: le bouclier fiscal pour les uns entraînant inéluctablement les suppressions de postes pour les autres.

« Il faut aussi parler de la carte scolaire et du renforcement de la ségrégation sociale auquel ont abouti les mesures prises en 2007, de la formation des maîtres et de la baisse, dès 2010, de 30% du nombre d’inscrits aux nouvelles formations de professeurs, des attaques subies par l’enseignement de l’Histoire, du « nettoyage » des programmes de SES supervisé par Michel Pébereau, un de vos visiteurs du soir, récemment encore PDG de BNP-Paribas, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques qui sait, lui, l’économie (surtout pas de sociologie) qu’il est « convenable » d’enseigner aux lycéens ».

Henri Lanta conclut en appelant de ses voeux « la fin de l’erreur-Sarkozy » le 6 mai prochain.

Crédits photos: des palmes académiques phographiées le 10 octobre 2006, (Flickr, par GlobalX), le ruban de chevalier, puis celui d’officier, et les palmes elles-mêmes (wikipedia)

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