Rencontres GFEN le 17 mars à St-Denis

Dans le site du GFEN

Rencontres GFEN : « La démocratisation de l’école passe par

le tissage d’autres liens avec les parents »

De la PMI à la maternelle, de la classe au quartier, les 5èmes Rencontres nationales sur l’accompagnement du GFEN, dont le Café pédagogique est partenaire, proposent rien d’autre qu’abattre le mur qui sépare l’Ecole des parents. Pour Jacques Bernardin, président du GFEN, il s’agit de « de partager des recherches permettant d’éclairer les points aveugles des relations école / famille, mais aussi d’échanger sur nombre d’expériences réalisées dans ou hors l’école ayant contribué à faire bouger les lignes de façon significative ». Points forts de ces Rencontres : de nombreux ateliers ancrés  sur le terrain. Les Rencontres travailleront sur la « reconnaissance mutuelle » à partir de l’expérience d’associations de parents et de Rased, la valorisation de l’expérience éducative des parents, avec des responsables de projets de quartier, des actions éducatives familiales. Mais il sera aussi question des devoirs (avec une intervention de P. Rayou) et des réunions de parents. Les Rencontres ont lieu à Saint-Denis le 17 mars. Le Café ne manquera pas d’en rendre compte. Mais Jacques Bernardin, présente dès maintenant les objectifs et les temps forts d’un événement qui a lieu en année électorale…

Vous centrez cette cinquième édition des Rencontres Nationales sur la question des familles, des parents. En quoi pensez-vous que ce soit aujourd’hui une question centrale ?

L’incertitude face à l’avenir fait monter les exigences et l’impatience à l’égard de l’école. Toutes les familles aspirent au mieux pour leurs enfants, s’efforcent de répondre à ce qu’elles croient être les demandes de l’institution scolaire, sans toujours en maîtriser les codes et les attendus. De leur côté, les enseignants ont de fortes attentes à l’égard des parents, dont la participation est jugée indispensable. A l’interface des deux univers, les devoirs du soir deviennent une cause de crispations quand les parents se sentent désarmés et parfois déjugés aux yeux de leurs enfants, ou quand ils servent de pièce à charge attestant de leur « démission » à l’égard de la scolarité. Lorsque la réussite scolaire si fortement attendue n’est pas au rendez-vous, lorsque les espoirs sont contrariés ou déçus, cela produit du ressentiment voire des conflits.

Le contexte actuel précipite ces tensions. D’un côté, avec la dégradation des conditions de vie consécutive au creusement des inégalités, des parents qui, quand ils ne sont pas au chômage, vivent un « métier de chien » aux horaires ingrats ; de l’autre, des enseignants soumis aux injonctions institutionnelles et à une déliquescence croissante des moyens d’exercer leur profession : comment s’étonner d’une montée de l’exaspération ? Trop souvent, dans l’urgence du quotidien, celle-ci se trompe de cible, justifiant les exclusions réciproques. Cela alimente une ségrégation redoublée.

Il est grand temps d’échapper à ces logiques qui s’auto alimentent au détriment des élèves. La démocratisation de l’école passe par le tissage d’autres liens avec les parents : la confiance est indispensable dans la relation éducative, les exemples abondent à ce sujet. Cela signifie pour chacune des instances faire un pas vers l’autre, reconnaître l’importance des rôles respectifs, mieux informer et coordonner les interventions. Autrement dit, changer de point de vue pour développer une action éducative convergente.

Ces 5èmes Rencontres ont pour objet de partager des recherches permettant d’éclairer les points aveugles des relations école / famille, mais aussi d’échanger sur nombre d’expériences réalisées dans ou hors l’école ayant contribué à faire bouger les lignes de façon significative.

On entend parfois que la trop grande irruption des parents (et plus généralement de l’extérieur dans l’école) pouvait mettre en danger l’institution-école par trop de porosité, de confusion d’espace ou de normes. Vous retrouvez-vous dans ces inquiétudes ?

Si l’école peut être un lieu d’émancipation, c’est parce qu’elle permet de sortir de chez soi, d’élargir son expérience, sa connaissance du monde, sa vision partielle/partiale du réel. Depuis les Lumières, elle a pour vocation de parler à tous, école débarrassée de l’excessive emprise des pouvoirs locaux et des particularismes familiaux permettant d’échapper aux superstitions et aux fanatismes grâce à des savoirs universels et à l’exercice de la raison.

Si l’époque a changé, une école trop ouverte aux influences locales ferait vite la part belle aux intérêts d’une partie de la population, probablement celle qui a toujours su faire fructifier ses intérêts dans le système scolaire. Une école au service du public ne serait plus un service public.

L’école doit donc préserver une certaine clôture symbolique pour jouer son rôle émancipateur. Toutefois, cela ne doit pas signifier clôture sociale. Bien des moyens peuvent être mis en œuvre pour conjuguer les deux : reconnaître la place irréductible des parents dans l’éducation, dévoiler les attendus scolaires de façon lisible et accessible, valoriser le potentiel éducatif des parents. Tout en sachant que leur présence à l’école compte moins que leur présence à la scolarité, que l’incitation est parfois préférable à l’intervention, notamment quand celle-ci penche vers à la surenchère technique et le contrôle tatillon…

Ces rencontres ont lieu à un moment critique dans la campagne électorale. Pouvez-vous citer une direction, une action qui vous semblerait prioritaire pour le projet politique que vous appelez de vos voeux pour l’Ecole ?

Comme réponse aux difficultés des élèves, certains projets avalisent la sélection précoce, un programme minimum, le retour de méthodes du passé, au prétexte de mieux adapter l’école aux besoins économiques d’aujourd’hui. Ce serait un renoncement rétrograde, violemment sélectif.  A l’inverse, nous souhaitons une vigoureuse relance de la démocratisation au sein d’une école ambitieuse pour tous, plus prospective qu’adaptative, plus solidaire que compétitive. L’évolution des connaissances et des métiers, l’expansion des nouvelles technologies, l’intrication des phénomènes, les défis posés à nos sociétés de plus en plus complexes nécessitent une formation initiale élargie, facteur majeur de développement et gage d’une citoyenneté outillée.

Pour y parvenir, c’est le cœur de son quotidien qu’il faut interroger : les pratiques de transmission. Trop d’élèves peinent à trouver du sens à ce qui leur est proposé. Comment parler à tous sans abdiquer sur l’exigence culturelle ? C’est à ce défi que les enseignants sont confrontés… trop souvent dans une solitude professionnelle désespérante. Les besoins de formation sont immenses, et les formules du passé ont montré leurs limites. Articuler la formation avec le réel du terrain ; promouvoir le travail d’équipe ; s’emparer des avancées de la recherche ; inventer, expérimenter en appui avec d’autres… L’audace d’un véritable changement passe par une autre formation. Nous ne partons pas de rien : plusieurs initiatives ont commencé de prospecter ces voies avec bonheur à divers niveaux de la scolarité.

Vos Rencontres tentent toujours d’articuler des conférences et des « ateliers » dans lesquelles vous faites vivre aux participants des « démarches ». Pouvez-vous préciser à nos lecteurs le but et le rôle de ces moments ?

Si nous sommes avides des travaux de recherche qui éclairent notre vision du réel, renouvellent la façon de penser les problèmes et relancent les possibilités d’action, celles-ci demeurent virtuelles. L’initiative en incombe à l’acteur de terrain. C’est ce qui justifie les ateliers, qu’ils proposent des échanges d’expériences ou des « démarches ». Pourquoi cette permanence dans nos initiatives ?

 Ecouter ou lire ne remplace pas la force d’un vécu. S’il nous semble si important de proposer des démarches, c’est parce que cette expérience singulière permet à chacun de se confronter à l’inédit, à l’inconnu, à l’incertitude voire au doute parfois quant à ses propres capacités… tout comme les élèves. Mais c’est aussi, en chemin, éprouver ce que de telles situations ouvrent comme possibilités créatives, comme occasions d’échange à égalité, d’argumentation et de remise en cause, de prise de conscience et d’avancées spectaculaires, et finalement de révélation à soi-même – au-delà de l’objet travaillé – de capacités insoupçonnées.  Donc, moins un dispositif qu’une aventure intellectuelle…

« Tous capables ! » affirmons-nous : l’idée est si impertinente dans le concert des idées convenues, si hérétique face au bon sens routinier qu’il faut l’éprouver personnellement pour en attester, avant de pouvoir le transposer dans son propre espace professionnel. Le pari est plus fort d’être partagé…

Propos recueillis par Marcel Brun[1]

Pour participer aux Rencontres

http://www.gfen.asso.fr/fr/5emes_rencontres_nat[…]

Publicités
Cet article a été publié dans Tout ce qu'il faut savoir sur l'Ecole. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s