Seine-Saint-Denis : une étude tempère le climat scolaire

Dans Libération du 17 janvier 2012

Seine-Saint-Denis : une étude tempère le climat scolaire

Décryptage-Dans une enquête financée par le conseil général, les personnels de l’éducation nuancent l’image de département violent renvoyée par la réputation du 9-3.

Par VÉRONIQUE SOULÉ

 

Oui, enseigner en Seine-Saint-Denis n’est pas toujours une sinécure. Non, les élèves n’arrivent pas armés en classe, des boules de shit dans leurs trousses. Les profs peuvent même aimer y travailler… Telles sont les principales conclusions de la première enquête menée sur la violence et le climat scolaires à l’échelle d’un département.

Financée par le conseil général et menée par Eric Debarbieux, spécialiste de ces questions, en partenariat avec l’Education nationale, cette étude, que Libération s’est procurée en exclusivité, tord le cou à des clichés qui ont la vie dure et renvoie une image plus nuancée des établissements de Seine-Saint-Denis.

L’éducation prioritaire en première ligne

Les trois quarts des personnes interrogées – enseignants du primaire et du secondaire, proviseurs, surveillants, etc. – jugent bon, ou plutôt bon, le climat scolaire dans leur établissement. C’est plutôt rassurant comparé aux faits divers – agressions de profs au couteau, tirs de trafiquants de drogue au-dessus d’une cour de récré, etc. – qui marquent les esprits.

Mais ce chiffre recèle de grandes disparités, plus inquiétantes. Si dans le primaire, huit personnes sur dix se disent satisfaites de l’ambiance dans leur école, elles sont plus du tiers à trouver le climat dégradé dans les collèges et les lycées professionnels. C’est une confirmation : les collèges, particulièrement ceux classés ZEP (zone d’éducation prioritaire), qui accueillent des ados de milieux défavorisés, ainsi que les lycées pros, où les élèves ont l’impression d’être sur des voies de garage, sont les maillons faibles du système en matière de violence. Un chiffre : 78,5% des personnels de collèges classés ZEP jugent la violence fréquente dans leur établissement. Faute de données, il est impossible de comparer avec d’autres départements. Mais il est sûr que la Seine-Saint-Denis, qui abrite de nombreux établissements ghettos, quasiment sans mixité sociale, se situe ici bien au-dessus de la moyenne.

Des injures, pas des armes

Les intrusions de bandes de cités, débarquant avec des battes de base-ball pour régler ses comptes à un élève d’une bande adverse, sont extrêmement rares. De même les agressions armées : trois cas ont été rapportés lors de cette enquête, dont un seul a donné lieu à une ITT (incapacité de travail temporaire) de plus de huit jours.

Les violences sont avant tout verbales – 44,5% des personnes interrogées citent des insultes et 18% des menaces. Quant aux violences physiques, il s’agit surtout de bousculades de profs ou de surveillants par des élèves (11% des réponses). Par ailleurs, contrairement à une idée qui se répand, les parents sont très rarement impliqués, les violences restant très majoritairement perpétrées par les jeunes. Tous ces chiffres ont le mérite de remettre les choses à leur place. «La situation est difficile mais elle n’est pas désespérée, résume Claude Bartolone, le président socialiste du conseil général, on est loin de l’image de jungle qui colle à la peau de la Seine-Saint-Denis.»

Harcèlement entre collègues

C’est la surprise de l’enquête : 18% des personnes interrogées se plaignent d’avoir été ostracisées par leurs collègues et 11% affirment se sentir harcelées depuis le début de l’année, le plus souvent par un collègue. Ils sont même 21,2% à reconnaître l’avoir été au cours de leur carrière. Une réalité mal connue : ce qui se passe derrière les murs des écoles et dans les salles de profs restant assez mystérieux. Dans le secondaire, les personnels spécialisés – comme les CPE (conseillers principaux d’éducation), les psychologues, les infirmières… – sont les plus visés. «C’est un phénomène qui nuit à la cohésion des équipes et sur lequel il faudra revenir en profondeur», souligne Eric Debarbieux.

Pourquoi une enquête ?

Au-delà des chiffres, l’étude est intéressante pour les propositions avancées par les personnels afin d’endiguer la violence. Les solutions sécuritaires – comme la vidéosurveillance ou les portiques de sécurité, très en vogue au début du quinquennat, moins après – viennent assez loin. En priorité, profs et surveillants réclament plus de travail en équipe et avec les parents, mais aussi moins d’élèves par classe – 66 000 postes ont été supprimés depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. En outre, très majoritairement (65%), ils s’estiment mal formés, particulièrement les débutants (77%). «Ce mécontentement s’est accentué depuis la réforme de la masterisation, souligne Eric Debarbieux, mais il existait avant.»

Si l’on en reste à un constat, l’enquête n’aura pas servi à grand-chose. Pour Claude Bartolone, cela devrait encourager à agir : «Avant, les enseignants affectés ici venaient et serraient les dents en attendant de pouvoir repartir. Là, on les voit prêts à réagir et à chercher des solutions.» A l’approche de la présidentielle, chacun avance des idées. Une chose est sûre : après les stats, les profs attendent du concret.

Le rapport sur le climat scolaire en Seine-Saint-Denis

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