ECLAIR : Chatel galère pour recruter des profs dans les collèges et lycées difficiles

Dans Rue 89 du 18 janvier 2012

Chatel s’accroche 18/01/2012 à 19h44

Collèges et lycées difficiles : Chatel galère pour recruter des profs


Un pot de crayons (Dave Nicholas/Flickr/CC)

Le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, tente de relancer le recrutement sur profil dans les collèges et lycées difficiles. Il propose pour cela d’ouvrir les postes vacants à l’échelle nationale, à la rentrée 2012.

C’est quoi ?
Le programme Eclair vise à donner une plus grande autonomie et de plus grands moyens aux écoles, collèges et lycées « difficiles ». L’objectif est de renforcer la stabilité des équipes, forger des projets pédagogiques plus adaptés et assurer un meilleur suivi des élèves.

Lancé en 2010, le programme Eclair permet déjà aux chefs d’établissement des 325 collèges et lycées concernés de recruter eux-mêmes une partie de leurs professeurs. Cette procédure est actuellement organisée au niveau de l’académie.

Elle s’oppose au système habituel d’affectation qui dépend de l’ancienneté, de la situation de famille et du lieu de résidence.

Le programme Eclair vise à attirer des professeurs « chevronnés » dans des établissements considérés comme les plus difficiles. Une prime de rémunération est également prévue pour les attirer.

« Un candidat pour quatre postes »

Cependant, malgré cette indemnité supplémentaire (d’un maximum de 3 556 euros annuels), peu de professeurs se sont portés volontaires. M., principal de collège Eclair dans le Nord-Pas-de-Calais, n’a reçu qu’une seule candidature alors qu’il avait quatre postes à pourvoir :

« Un établissement Eclair, ça fait un peu peur, c’est clair. Et ce ne sont pas les indemnités existantes qui changeront la donne.

Une part de ces indemnités existait pour les établissements difficiles avant Eclair ! Quant à l’autre part, elle est variable et dépend d’une évaluation du chef d’établissement. Or, nous attendons encore des explications sur son fonctionnement. Imaginez un peu les grincements de dents quand un professeur recevra 100 euros et un autre 200 ! »

Philippe Tournier, secrétaire général du Syndicat des personnels de direction (SNPDEN), confirme :

« Dans certains établissements, il n’y a eu aucun candidats. Plusieurs collèges et lycées ont dû nommer des contractuels en catastrophe à la rentrée !

Parmi les rares candidats, certains travaillaient déjà dans l’établissement Eclair concerné, mais à un poste précaire. Ils ont profité du recrutement sur profil pour bénéficier d’un poste stable. »

Un faible attrait confirmé par les statistiques officielles. Selon Josette Théophile, directrice des ressources humaines du ministère, citée par Le Parisien :

« 65% [des 911 postes vacants] ont été pourvus par des enseignants titulaires dans le cadre du mouvement normal des affectations, spontanément, 25% par des titulaires mais pas dans le mouvement, et 10% par des contractuels. »

Une réforme aux effets marginaux

Ouvrir le recrutement à l’ensemble du pays comme le propose Luc Chatel changera-t-il la donne ? Philippe Tournier n’y croit pas :

« Certains professeurs vont peut-être profiter de l’opportunité pour changer d’académie mais il n’y aura pas de ruée vers les établissements Eclair ! Ça n’aura que des effets marginaux.

Soit on propose beaucoup d’argent, mais c’est pervers et l’Etat n’en a pas vraiment les moyens ; soit on favorise leur carrière future d’une manière ou d’une autre ; soit on oblige les professeurs à passer, à un moment de leur vie professionnelle, par ces établissements. »

Un nouveau souffle

Le PS a répondu à Luc Chatel en dénonçant, par communiqué, un « échec » du gouvernement. Vincent Peillon, responsable du pôle éducation, jeunesse, enseignement supérieur, recherche auprès de François Hollande :

« Le programme Eclair devait être une vitrine. En y “ expérimentant ” le recrutement des enseignants par les chefs d’établissement, le gouvernement entendait démontrer les vertus de la concurrence et du management appliquées au système scolaire. Or, [les professeurs] ne se bousculent pas [pour postuler dans ces établissements difficiles]. […] L’élargissement du recrutement au niveau national n’y changera rien. »

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