Quand libéraux et extrémistes tiennent le même discours…

Dans le mammouth déchainé du 21 décembre 2011

École et campagne 2012 :

quand libéraux et extrémistes tiennent le même discours…

Pour les libéraux, nul besoin d’emprunter aux extrémistes leurs thèses les plus réac sur l’école : l’idéologie libérale conduit les tenants du libéralisme économique aux mêmes visions cauchemardesques d’un apartheid scolaire. En témoignent les récentes propositions de la Fondapol pour tenter de peser sur la campagne électorale de 2012.

La Fondapol, un think tank libéral bon chic bon genre.

Fondapol comme « fondation (pour l’innovation) politique »…

Nul besoin de chercher à être original pour trouver un nom à une fondation politique et ce n’est certes pas l’imagination au pouvoir et le goût de l’innovation qui ont poussé des proches de Chirac, Balladur et Sarkozy à se lancer dans l’aventure de la Fondapol.
Créé en 2004 par Jérôme Monod et Nicolas Bazire (respectivement président d’honneur et président), ce club de réflexion qui se veut un « think tank libéral, progressiste et européen » est très proche de l’UMP qui participa directement à son financement la première année.

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Copie d’écran : La Fondapol, des libéraux qui adorent les financements publics
et le fundraising (les levées de fonds) à base de dons défiscalisés.

Si de nos jours la Fondapol (reconnue d’utilité publique) est financièrement indépendante de l’UMP et reçoit environ 80% de son financement de l’État (grâce à des subventions provenant du programme/action 129 du budget des services du Premier ministre) tout en bénéficiant par ailleurs de dons défiscalisés, elle continue à entretenir des liens étroits avec l’UMP ainsi qu’avec le MEDEF, le vice-président de la Fondapol, Charles Beigbeder étant justement un des principaux dirigeants du syndicat patronal qui fournit de nombreux conseillers à la fondation.

La fondation a ainsi des « contacts » tant dans les milieux politiques que dans la « société civile » et organise fréquemment des colloques, rencontres, débats, échanges, conférences… qui permettent d’entretenir de bonnes relations.
S’il n’est donc pas étonnant de rencontrer dans ces réunions, outre les ténors de la droite UMP (Chatel, Pécresse, Wauquiez, Bertrand…), quelques personnalités de la société civile venues s’essayer là à l’art du discours entre gens « de bonne compagnie », s’il n’est pas surprenant non plus de voir un Allègre (qui en son temps fut le seul ministre PS à être ovationné à la Chambre par des députés de droite) y prononcer des discours, il est peut-être plus surprenant d’y rencontrer quelques personnalités politiques de gauche qui n’ont sans doute pas su résister aux invitations qui leur étaient faites.

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Copie d’écran : Allègre prononçant un discours à la Fondapol.

Mais venir participer à des « exercices d’écoute et de réactions » est une proposition d’autant plus aguichante qu’elle peut parfois être un rien provoc’ ! Et de là à y succomber… comme François Hollande en 2009 pour un échange dont le titre était : « Rêvons le capitalisme : les socialistes ont‐ils des idées ? »…

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Copie d’écran : Hollande en compagnie du politologue Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol.

Qu’on se rassure toutefois : malgré l’humour dont peuvent parfois faire preuve nos libéraux et ce côté « agitateurs d’idées » qui les caractérise , les membres de la Fondapol ne sont pas prêts quant à eux à rêver le socialisme ; ils en sont loin ! Et ils le prouvent dans leurs activités de lobbying.

La Fondapol, une fondation à la fois ultralibérale et ultra-réac

Disposant d’un bon carnet d’adresses et d’un solide réseau d’influence (en France et à l’étranger), la Fondapol peut prolonger ses activités de réflexion par des opérations de lobbying politique, telle la campagne qu’elle a récemment menée , par exemple, auprès des parlementaires et de plusieurs ministères, Charles Beigbeder n’hésitant pas à réclamer pour le MEDEF un droit de regard dans l’élaboration et le contenu des programmes scolaires , comme le rapporte Marianne dans un article du 7 septembre 2011 du blog de Slovar.

http://www.marianne2.fr/SlovarMarianne/Medef-Changer-les-manuels-scolaires-pour-transformer-les-patrons-en-super-heros_a324.html

Plus récemment, les propositions de la Fondapol pour la campagne électorale de 2012 ont jeté la consternation dans les établissements scolaires, un professionnel de l’éducation allant jusqu’à dire sur le site du Café pédagogique :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/12/09122011Accueil.aspx#systeme

« Le prêt à penser de droite vient de glisser à l’extrême droite. Fondapol, un thinktank qui inspire l’UMP, propose de créer deux systèmes éducatifs, celui des gueux et celui des gens bien. Et à l’intérieur des systèmes de rétablir la saine hiérarchie qui fait des professeurs les garde-chiourmes d’un côté, les valets de l’autre, de l’ordre bourgeois. Il fallait oser. Ils l’ont fait. Et cela va peser lourd sur la campagne électorale. »

Et de fait, les propositions de la Fondapol relèvent bien de l’apartheid social :
« D’un côté « l’école fondamentale », comprenez celle où l’on tente de transmettre le minimum de maths, français, EPS et d’obéissance dont les enfants de pauvres ont besoin pour rester pauvres. De l’autre la vraie école où Fondapol instaure la sélection permanente et où règne le principe d’autorité incarné par des chefs d’établissement tout puissants. La première s’arrête en 3ème pour les meilleurs. »

Toutefois, si cette conception de l’école peut s’apparenter à celle de l’extrême droite, c’est sans doute une erreur de parler ici de glissement à l’extrême droite, même si l’on connaît les liens historiques entre libéraux et extrémistes, de grandes figures du libéralisme français comme Madelin, Longuet, Devedjian ou Novelli ayant fait leurs classes chez les excités violents et réac d’Occident et du GUD.

 

La Fondapol d’ailleurs cherche à garder une image policée et a par exemple refusé en octobre 2010 une contribution du frontiste Yvan Blot (après de longs débats internes) en mettant en avant la nécessité de se préserver des discours populistes. En outre, certaines positions de la fondation sur le plan sociétal, la Fondapol étant par exemple favorable au mariage homosexuel, sont encore très mal acceptées à l’extrême droite (notamment l’extrême droite catholique).

En réalité, un certain « libéralisme » en matière morale n’est pas incompatible avec des positions par ailleurs très réac et les ultralibéraux nous montrent ici la conception de l’école qui est vraiment la leur : pour eux, l’école et l’enseignement relèvent du monde marchand (l’école, qui doit être gérée comme une entreprise, produit des cerveaux et des bras comme les usines produisent tel ou tel bien de consommation) , et il faut donc favoriser la concurrence et la sélection. Mais cette vision de l’école est-elle aussi partagée par le corps électoral que le croit la Fondapol ?
Le think tank UMP pourrait bien avoir fait là une erreur d’appréciation et de communication susceptible de nuire à son camp. La droite modérée aura du mal à se retrouver dans cette vision de l’école.

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