J’ai posté ma lettre de démission de l’Education Nationale

Ensortantdelecole : nous sommes le 15 décembre. J’ai écrit l’article ci-dessous le 23 novembre… et je n’ai pas osé le poster tout de suite, ayant peur de vos réactions. Réactions face à ce choix, mais aussi réactions face à ma conférence. Je voudrais qu’on me croie sur une chose : partir de l’Education Nationale, ce n’est pas abandonner l’Education. Certains verront dans ce choix une fuite, d’autres un acte militant. J’ai envie de vous dire : venez voir ma conférence… 😉

Hier, mardi 22 novembre, j’ai posté ma lettre de démission. (Inspiration… Expiration).

Comme vous le savez, ça fait deux ans et trois mois que je suis en « disponibilité pour convenances personnelles ».

Pendant ces deux ans et trois mois, j’ai cherché, retourné, sondé tous les coins et recoins de moi-même à la quête d’une réponse à la question : « ai-je toujours envie d’enseigner au sein de l’Education Nationale ? »

Je n’étais pas seule : j’étais accompagnée de ma conférence gesticulée « en sortant de l’école » qui m’a permis non seulement de comprendre tout un tas de choses sur l’Ecole française, sur les rouages de ce système, de prendre du recul, comme on dit, mais aussi de ME comprendre moi-même et de finir par SAVOIR où était ma place. (heu…)

J’ai commencé à travailler cette conférence en mars 2010, par un double-questionnement : « Ai-je une place dans ce système ? Si oui, où est-elle ? « 

Presque deux ans plus tard, je trouve une réponse :  je n’ai pas ma place dans ce système. (tout ça pour ça ??) Mais je veux continuer à militer pour une Ecole digne de ce nom, telle que moi je l’ai toujours imaginée, pour mes enfants et pour tous ceux des autres.

Revenons sur chacun de ces deux points :

1) Je n’ai pas ma place dans ce système.

Je pense que la manière de gérer l’Education dans un pays va de paire avec la manière dont le pays fonctionne. Tant que la France fera partie du système néo-libéral, tant que les prétendants au postes de gouvernance de ce pays ne se poseront pas la question d’un changement radical de gouverner, tant que les lois de ce pays dépendront des décisions des grandes banques privées, tant que nous dépendrons du bon vouloir des « grands ce monde » qui se dorent la pilule dans leurs suites à 37000 euros la nuit pendant que les 9 dixièmes de la planète crèvent de faim, et de manière générale, tant qu’il y aura des barrières financières, idéologiques et sociales entre les êtres humains, l’éducation du pays ne sera pas en accord avec ce que je défends. Passe le PS au second tour des présidentielles françaises en 2012, il fait autant partie du système néo-libéral que l’UMP. Et je ne crois pas aux promesses de Hollande. N’en déplaise à certaines personnes que j’estime, que j’aime, même, autour de moi…

Je me suis rendue compte après ces deux ans et trois mois, que je n’étais en effet pas l’enseignante qu’on attendait de moi dans ce système :

Je ne veux plus être l’instit d’une école « fermée », « cloisonnée », « découpée » en niveaux sans aucun fondement si ce n’est la « classe d’âge », comme on dit.

Je ne veux plus être l’instit d’une école dont les programmes sont tellement inhumains qu’ils déshumanisent les enseignants autant que les élèves ;

Je ne veux plus être l’instit d’une école qui expulse, trie, évalue, sanctionne, punit, « forme l’élite », « fait entrer dans le moule », met en concurrence, met en compétition, fiche ;

Je ne veux plus être l’instit d’une école qui n’a pas de sens, de but, d’objectif humains, mais seulement quantitatif, d’une école qui ne parle que de ses « résultats » et même pas de ses enfants ;

Je ne veux plus être l’instit d’une école de l’individualisme, où enseignants et élèves ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour s’en sortir, dont tout le personnel est en souffrance sans que quiconque lève le petit doigt, et où chacun est seul avec soi-même ;

Je ne veux plus être l’instit d’une école où parents et enseignants ne se parlent que pour se renvoyer la balle à propos de la « mauvaise éducation » de leurs enfants et élèves…

2) Mais je veux continuer à militer. Pendant ces deux ans et trois mois, je me suis longuement posé la question de savoir où se plaçait le « meilleur » militantisme. J’ai beaucoup culpabilisé sur le fait de ne plus lutter de l’intérieur. Sur le fait d’avoir… »abandonné les élèves » comme un principal de collège m’a dit un jour. C’est pour ça que je ne me voyais pas démissionner tout de suite. C’est pour ça que je n’étais pas prête. Et puis, j’ai fini par accepter le fait (mais c’est dur !) que je n’étais pas faite pour être là. Mais pas dans le sens négatif que j’ai toujours cru, qui irait vers l’échec, mais au contraire dans le sens où, en effet, ma place de militante est ailleurs. On peut militer pour l’école, sans être enseignant. Car cela nous concerne tous. Je ne vais plus être une enseignante de l’école publique française. Mais je veux rester dans l’éducation. Il n’y a pas qu’une seule façon d’éduquer : et je compte bien trouver la manière qui me conviendra !

On me demande souvent, après ma conférence, quelle est donc mon école rêvée… (aieaieaie)… Je dois avouer que je n’ai pas de modèle préconçu, puisque je ne sais pas ce qui « marche » véritablement. Comme pour le modèle de société dont je rêve… puisque, pour moi, ça va ensemble. Mais je sais que je suis pour une société où l’humain serait remis au centre, une société qui se questionnerait sur ses pratiques, qui ne permettrait pas l’injustice telle qu’elle se pratique autant à petite qu’à grande échelle de par le monde, entre les grands qui se sont auto-proclamés « grands » et les petits qui ont été proclamés « petits » par les grands, où les buts ultimes serait démocratie, égalité (partage), respect de l’autre et liberté… (la belle devise de notre belle République française, quoi… qui n’a jamais jamais jamais été mise en pratique du tout du tout du tout… et qu’on apprend à l’école, pourtant ! Bizarre…)

Puisque ce n’est pas le cas aujourd’hui, et puisque je refuse fondamentalement tout ce qu’on nous propose à l’Education Nationale,  j’ai donc posté ma lettre de démission. Me sentant pour l’instant plus utile ailleurs, dans une autre forme d’éducation : l’éducation populaire… politique, bien sûr !

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10 commentaires pour J’ai posté ma lettre de démission de l’Education Nationale

  1. Somoza Amec dit :

    Tu as bien fait, moi je trouve que tu es ainsi cohérente avec toi même, avec le fait que de toute façon tu n’étais plus dedans depuis deux ans. Ainsi tu ne laisses pas/plus l’occasion à quiconque de penser que tu crachais dans la soupe, que tu tu te gardais une place « au chaud » etc…
    Et cela ne l’enlève aucune légitimité pour parler de l’Ecole, pour critiquer l’Education Nationale et militer !! Et puis la vie te réserve des surprises !! à bientôt et bonne continuation avec ta conférence et tes autres activités. Au plaisir de te revoir !!

  2. Bonsoir Pauline, si je te disais que je m’attendais à une telle lettre de toi ne te surprendra pas non plus. Cette lettre te ressemble ; elle nous ressemble, et elle ressemble surtout à ce que nous refusons de l’inhumanité actuelle de l’enseignement, une inhumanité installée sans doute pour longtemps, et pas que « chez nous », dans les résultats chiffrés. Les institutions produisent le contraire de leurs programmes (la Défense nationale ne défend pas la nation, l’Assistance publique n’assiste pas le public, La Culture et la Communication ne cultivent ni ne communiquent, l’Éducation n’éduque pas…).
    Je ne sais ce que sont devenues les solidarités (ni si elles ont jamais existé, d’ailleurs, au vrai), mais sache que j’approuve ta façon de soutenir une éducation qui ne peut pas décemment, ni en nature ni en fonction, en rester à ce que tu dénonces très justement ici, et crois bien que ma petite solidarité de mots et d’intentions que tu peux lire de moi ici est traduite avec autrement plus d’intensité dans ma vie par une infinité d’actes convergents avec toi et avec ceux qui manifestent aujourd’hui. Tu peux bien imaginer que ces solidarités-là me fondent avec d’autres depuis long longtemps déjà en rupture avec ce système. Nous nous retrouvons, voilà tout, seuls et sans doute pas mal isolés, mais paradoxalement unis, aussi, parce que d’une autre façon, pleins de vraies promesses, tangibles (promesses d’entendre en adultes les questions des enfants, des familles et des citoyens que nous sommes aussi, promesses de partager entre adultes actifs et agissants les besoins d’être éclairés que portent nos enfants, promesses de répondre terme à terme aux multiples sens des gens et du monde qui nous entourent).
    En dépit des réelles inquiétudes du présent, et du manque de revenus, et de la déglingue qui menace, si nos solidarités d’enseignants en partance pèse si peu aujourd’hui au regard de la plupart de nos contemporains affolés par « la crise » (une crise qui dure depuis tant d’années, ce n’est pas une crise, c’est un système qui se dégrade, et que vient remplacer un autre), ce sont inéluctablement des solidarités comme les nôtres qui conduiront aux enseignements du siècle.
    Je t’embrasse le mieux que je sais. Très fort. À très bientôt.
    Courage.
    Résolument.
    Jean-Jacques M’µ
    http://www.abceditions.net
    http://www.mediapart.fr/club/blog/jjmu

  3. Nicolas dit :

    Vas-y ma grande, je te rejoins dans la plupart des points évoqués, j’ai hate de voir encore une fois commen t tes coinferences ont évolué…

  4. dethier christine dit :

    Moi je dis CHAPEAU !
    Je suis maman d un multi-dys en Belgique , et je suis très touchée à la lecture de votre « lettre »
    Sommes nous des douces rêveuses??????
    Oh j en rêve d une école et d une société moins individualistes 😥

  5. joelle ramos dit :

    je me suis demandée un moment aussi si je voulais rentrer dand l’éduction nationale parce que l’éducation des enfants m’interpellait, m’interressait me passionnait même, le système trop cloisonné pour moi et toutes les raisons que tu as énumérées plus haut m’en ont dissuadé: j’ai fini par opter par l’éducation populaire à savoir animatrice pendant des années et ensuite directrice dde cvl et clsh en parallèle formatrice bafa et BAFD et passage d’un DEFA et j’y ai largement trouvé mon compte: utiliser les temps de loisirs pour éduquer sans contrainte avec toute une palette de possible : pour ma part parce que ce sont mes valeurs et ce sur quoi je m’étais spécialisée: j’ai orienté tous mes projets sur l’éducation à l’environnement: c’est un autre chemin mais qui m’a permis d’allier mon souhait d’éducation et mon besoin de liberté ….

  6. Gwen dit :

    Bravo meuf, toutes mes félicitations.
    Je suis en train de travailler sur ces questions-là, si tu as des lectures à me conseiller…
    Bisous

  7. le message dit :

    Comme l’on parle de pédagogie un extrait du site : le-message.org.

    « une première étape pédagogique est indispensable. Le problème de l’élection et la centralité du tirage au sort en démocratie doivent être enseignés (ne comptez ni sur les élus, ni sur les médias pour le faire !). Chacun peut et doit comprendre la cause du problème, c’est pourquoi vous devez à votre tour faire passer Le Message, le faire comprendre, débattre, et surtout convaincre autour de vous d’en faire autant pour que le virus de la démocratie se propage. »

    Pour enseigner les travaux d’etienne Chouard.

    Une pierre de plus pour notre future belle rpublique 😉
    .

  8. MSK dit :

    Je suis sur le cul,…. un peu grossier mais tellement vrai!

    Je suis enseignante dans mon village, 300m de la maison et une classe de 4″niveaux » du Ce1 au CM2… bref, ma deuxième maison.
    Seulement je ne peux plus accepter de participer à cette anti-éducation stérile et aliénante ou l’essence(tiel) de la vie est peu à peu retiré à l’enfant et les voilà soumis, tête basse dès 7/8 ans..
    (je la fait courte… j’essaye!)
    Donc je démissionne!

    Un peu fénéante je cherche une lettre type de démission; j’ouvre quelques pages …
    et, tombe sur ta lettre, mais pour de vrai!

    Dis-moi comment que ça se fait que pour moi c’est tout pareil???????
    mais alors quand je dis tout, c’est TOUT! de la pensée aux actes et à la forme.
    Bon, j’avais vu un bout de ta conférence mais je n’avais pas pris le temps de plus te connaître.
    Il se trouve que je prépare (aieaieaie) une conférence avec la scop de Toulouse!.

    J’aurai grand plaisir à te rencontrer si cela se fait.

    Il est temps de se rendre libre. Ce n’est qu’en faisant l’expérience de la liberté que nous pourrons l’enseigner à notre tour. Les savoirs chauds, ceux qui viennent de l’intérieur, sont des plus nourrissants…

    Merci

  9. lundja dit :

    Je suis actuellement en formation à l’IUFM avec une classe à charge et différents stages en responsabilité, et je suis en train de ressentir tout ce que tu racontes! Je pense également démissionner pour retourner vers l’éducation populaire, qui même si elle s’accompagne souvent de précarité laisse au moins une marge de liberté!
    Merci pour ton témoignage qui me fait voir que nous sommes plusieurs à partager ce point de vue!

  10. caroline dit :

    je lis ce post quelques années plus tard, et wouhou! c’était pile poil le bon jour! j’ai appelé il y a 1h pour connaitre les modalités de démission de l’EN!
    moi aussi en dispo, moi aussi motivée pour aider enfants et enseignants mais plus de l’intérieur où tout est sclérosé.
    Merci pour ce beau message en tout cas!
    Caroline

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