Les profs du primaire ne veulent pas de contractuels

Dans Libération du mercredi 23 septembre : http://www.liberation.fr/societe/01012373328-les-profs-du-primaire-ne-veulent-pas-de-contractuels

Les profs du primaire ne veulent pas de contractuels

A Paris, le rectorat veut recourir à des contrats précaires pour pallier les absences. Un recul historique, pour les syndicats.

Par C.B.

L’académie de Paris a perdu 100 postes de remplaçants en trois ans, selon les syndicats. (© AFP Anne-Christine Poujoulat)

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«Vous êtes étudiant ? Vous avez une licence ou vous préparez un master ? L’académie de Paris recrute des enseignants contractuels, des vacataires et des assistants de langues pour effectuer des vacations.» Devenues monnaie courante dans le secondaire, les petites annonces «cherche prof» sont en passe de concerner aussi le premier degré. Au grand mécontentement des syndicats de professeurs des écoles, qui organisaient ce mercredi un rassemblement commun (SNUipp-FSU, SNUDI-FO, SE-UNSA, SUD Education) sous les fenêtres du ministère de l’Education à Paris pour s’opposer à ce qu’ils estiment être un «énorme retour en arrière».

Jusqu’à présent, en cas d’absence d’un professeur des écoles (malade, en formation, en congé maternité, muté, en disponibilité…), les académies puisaient dans un double vivier : celui des titulaires remplaçants (apellés «brigades» ou «ZIL», pour Zone d’intervention localisée, selon la durée et la zone de remplacement), et celui de la liste complémentaire du concours de professeur des écoles, sorte de liste d’attente des lauréats.

Mais entre la réduction des postes, y compris ceux des remplaçants (33 de moins à Paris cette année) et celle de la liste complémentaire du fait de a réforme de la masterisation, le contingent se tarit. Et c’est toute la chaîne qui se grippe. D’où le recours aux contractuels, c’est-à-dire en contrats à durée déterminée, pour boucher les trous qui s’annoncent.

Ainsi, fin octobre, 180 étudiants de master 2 n’ayant pas été admis au concours ont reçu un courrier du rectorat leur proposant d’assurer des cours à temps complet «pour une période qui pourrait aller de quelques semaines à quelques mois». 80 ont répondu positivement, précise le rectorat, qui dédramatise en parlant de «petits ajustements» «pour pourvoir à d’éventuels besoins qui pour le moment ne se font pas sentir». Les 600 remplaçants titulaires en poste dans l’académie suffisent, assure-t-on.

«Contrats jetables»

Mais dans une situation de flux tendu, les besoins en question ne manqueront pas d’arriver sitôt l’hiver et la première épidémie de grippe venus, prédisent les syndicats, pour lesquels le recours aux contractuels est inacceptable à double titre.

D’abord, l’insuffisance de formation de ces nouvelles recrues. «Ces contractuels pourront être n’importe qui. Le gars va débarquer devant les élèves non formé. Si ça marche, tant mieux, et si ça marche pas, l’académie fermera les yeux», dénonce Thierry Pousin, secrétaire général du Sgen-CFDT Paris. «Ça veut dire qu’on considère que l’on peut mettre quelqu’un sans formation sur un poste de prof. Mais enfin, ce n’est pas parce qu’on a une maîtrise de maths qu’on sait transmettre ! Enseigner, c’est un métier», souligne aussi Brigitte, prof des écoles à Paris et membre du SNUIpp-FSU, le principal syndicat du primaire.

L’inspecteur d’académie chargé du premier degré, Gérard Duthy, rétorque que «les étudiants contactés, en master 2, présentent toutes les garanties puisqu’ils ont tous dans le cadre de leur cursus effectué des stages, d’observation mais aussi en responsabilité».

Autre motif de contestation des syndicats, la précarité induite par cette mesure, qui «remet en cause le statut de fonctionnaire d’Etat pour tous les personnels enseignants». «Ce sont des contrats jetables, sans perspective. C’est aller vers une privatisation de l’école», s’alarme Sylviane, prof des écoles et membre du SNUIpp.

Dans une motion unitaire, les syndicats réclament donc le non recours aux contractuels et, pour remettre de l’huile dans les rouages, l’augmentation de postes au concours.

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