Elections professionnelles : Le bastion syndical de l’Education nationale est ébranlé

Dans le cafe pedagogique du 21 octobre

L’Éditorial de Francois Jarraud

Le bastion syndical de l’éducation nationale est ébranlé

Avec 38% de participation au lieu de 61%, la chute est extrêmement brutale. Au soir du 20 octobre, il manque 250 000 électeurs dont le vote a été « volé » ou qui ont voté avec leurs pieds. Complot  ou non, le résultat est là.  Le net recul du taux de participation aux élections professionnelles met fin au particularisme de l’Education nationale : celui d’être le ministère où les syndicats ont une grande capacité de mobilisation lors des élections. Le seul vainqueur des élections c’est Luc Chatel.

Comment les syndicats expliquent cet effondrement ? Pour B Groison, secrétaire générale de la FSU, interrogée par le Café, il ne s’agit pas d’un désintérêt envers les syndicats. La baisse résulte des nombreux incidents techniques : impossibilité de voter en ligne, personnels restés sans identifiants, nombreux « oubliés  » des listes. Pour elle, il y a « vol de bulletins de votes », le dispositif technique mis en place par le ministère ayant empêché de voter de nombreux enseignants. Vers 21 heures, Thierry Cadart , secrétaire général du Sgen, ne conteste pas les difficultés techniques. Mais il lâche le mot terrible de « désaffection ».  » Le gouvernement aurait tort de se baser sur ces résultats pour mener une politique plus répressive. Mais d’une certaine façon, les syndicats ne répondent pas complètement aux attentes des enseignants. Les collègues s’attendent à plus de présence sur le terrain.  Christian Chevalier, secrétaire général du Se-Unsa met en cause la procédure très complexe et les défaillances du ministère. « Mais ça interroge sur les rapports entre syndicats et enseignants. Il n’y a pas que des facteurs techniques, il y a aussi un rapport au syndicalisme, un désintérêt de la chose publique ». Dans un communiqué commun, le Sgen et l’Unsa  estiment qu’il faut « renforcer le lien avec les personnels et redonner du sens au syndicalisme ».

Déjà les effets s’étaient fait sentir avant le vote. Ce nouveau mode de scrutin résulte de la loi sur « la rénovation du dialogue social dans la fonction publique » adoptée en 2010. Elle instaure notamment le vote électronique, la liberté de candidature pour tous les syndicats et le principe d’accords majoritaires en voix. Ses effets se sont déjà fait sentir avant les élections puisqu’ elle a déjà recomposé la paysage syndical obligeant de « petits syndicats » à des regroupements avec des centrales plus importantes du fait des modifications des collèges électoraux. Par exemple un syndicat d’IPR, très important sur son créneau, a rejoint une grande centrale. Un autre syndicat influent pour une catégorie d’enseignants a éclaté, une partie de ses militants rejoignant une nouvelle coalition syndicale, une autre partie une vieille centrale syndicale.

Le vote électronique a tué une culture syndicale. Mais le grand changement c’est la rupture du rituel. Alors qu’on votait collectivement au sein d’une petite communauté, celle de l’école ou de l’établissement,  l’acte électif est « atomisé »  pour reprendre la formule d’André Robert. Il s’exerce de façon solitaire et donc interroge beaucoup plus l’engagement de chacun envers les syndicats. Il fallait beaucoup de détermination pour surmonter une procédure complexe et les bugs et voter. Celle-ci a manqué.

Un autre combat se profile. La loi responsabilise le vote syndical puisque les accords doivent être majoritaires. Les votes contestataires sans conséquences jusque là n’existeront plus et chaque syndicat devra assumer ses responsabilités. Les élections ont renforcé les syndicats qui se sont présentés comme réformistes.  Christian Chevalier explique la progression de l’Unsa par son « programme pédagogique et syndical réformiste ». Mais comment être réformiste dans le nouveau rapport de force ?

Le bastion syndical de l’éducation nationale est tombé. L’effondrement de la participation pourra être revendiqué par le ministre comme un succès personnel. Dans tous les cas l’équilibre de la maison Education nationale, avec sa tradition de cogestion, est remis en question. C’est une victoire de longue haleine. Il a fallu 5 années de sarkozie, marquées par des échecs répétés et couteux des luttes syndicales, pour venir à bout de la forteresse.

L’analyse d’A. Robert

Des élections à surprises

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