Rythmes scolaires : où est le consensus ?

Ensortantdelecole : Vous avez entendu parler des manifs de lycéens ?

Vous avez entendu parler des grandes phrases de Luc Chatel sur les rythmes scolaires, comme quoi on aurait trop de semaines de vacances en été ? Apparemment, on en aurait autant que la Suède et la Finlande, pays qu’on ne nous cesse de montrer en exemples…

Et apparemment, le « problème » n’est vraiment pas là…

dans Cafe pedagogique du 3 octobre

Rythmes scolaires : Où est le consensus ?

A tous ceux, comme Luc Chatel, qui affirmaient qu’ un « consensus » existait sur une réforme des rythmes scolaires, les événements du 30 septembre apportent un démenti cinglant. Le passage en force peut mener au chaos.

Vendredi 30 septembre, des milliers de lycéens ont spontanément manifesté dans tout le nord de la France. Ils étaient plus de 500 à Douai ou Béthune. Mais des mouvements ont eu lieu aussi dans toutes les villes du Nord Pas-de-Calais, en Picardie et spécialement à Amiens, en Champagne Ardennes, en Ile-de-France , par exemple au Chesnay, en dans l’ouest, par exemple à Guingamp. A l’origine des ces rassemblements qui ont tourné en émeute à plusieurs endroits (18 interpellations) une rumeur selon laquelle le gouvernement supprimerait un mois de vacances en été.

De la rumeur et de la réalité. Evidemment aucune décision n’a été prise en ce sens. Le gouvernement n’a même pas osé décider d’allonger de 2 jours les vacances de la Toussaint de peur de devoir annoncer un départ plus tardif en vacances ou un retour plus tôt… Mais cette rumeur ne part pas de rien. Le rapport du comité de pilotage sur la réforme des rythmes scolaires remis début juillet préconise le passage de 36 à 38 semaines de cours, c’est à dire la réduction de deux semaines des vacances d’été. Luc Chatel a cru bon de présenter cette mesure comme « consensuelle » et de la mettre en tête des décisions à prendre.

Une mesure qui n’est pas évidente. A l’évidence pour les lycéens la mesure n’est pas consensuelle. Nous l’annoncions le 5 juillet. Elle ne l’est pas plus pour les enseignants. On sous estime au sommet à quel point la question des rythmes scolaires est liée dans le secondaire à celle du salaire des enseignants. On voit mal les enseignants du secondaire, dont les salaires sont gelés et les conditions de travail se dégradent rapidement, accepter les bras croisés de travailler gratis deux semaines de plus. Une proportion inconnue, mais sans doute plus importante qu’on ne le croit, a déjà deux employeurs simplement pour vivre décemment. Pour ces enseignants, toute modification des rythmes est inacceptable en l’état.

Contrairement à ce qu’affirment le ministre et le rapport, les vacances d’été françaises ne sont pas exceptionnellement longues. Les calendriers scolaires recensés par Eurydice, le système d’information européen dédié à l’éducation, montrent une autre réalité. En Europe, seuls le Danemark, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont des vacances d’été inférieures à 8 semaines, avec 6 semaines dans ces trois cas. Seize pays européens ont des vacances d’été de 9 semaines et plus. Le record est à chercher en Lettonie et Estonie avec 13 et 12 semaines. Mais Chypre, la Finlande, la Hongrie, l’Islande, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède ont deux mois et demi de congés d’été. La France se prépare à s’aligner sur l’exception et non la norme.

Pour changer les rythmes scolaires, toutes les variables n’ont d’ailleurs pas été retenues par les rapporteurs. Focalisés sur les objectifs de santé, ils n’ont pas osé toucher aux paradigmes de départ. Car la position de la France est tout à fait spécifique en Europe. C’est le pays qui a le plus d’heures de cours par jour en Europe. On peut évidemment en déduire qu’il faut augmenter le nombre de jours de cours et pour cela à la fois la semaine d’école (passer à 9 demi-journées) et le nombre de semaines (38 au lieu de 36). Mais le comité pouvait aussi jouer sur le nombre d’heures. Avec 864 heures de cours au primaire, la France  fait partie des pays européens qui ont le plus d’heures annuelles d’enseignement, avec l’Espagne (875), l’Italie (891) ou le Portugal (900). L’Europe protestante se satisfait avec moins : 798 en Angleterre, 564 en Allemagne, 569 en Finlande.

Là encore l’impression qui se dégage c’est que l’intérêt des enfants est poussé en avant pour faciliter un impératif budgétaire. Si la réduction des vacances d’été ne dégagerait aucun emploi au primaire , c’est très différent au secondaire. Elle permettrait de maintenir un même volume annuel de cours en réduisant les horaires hebdomadaires d’enseignement par discipline. Elle aurait donc un effet immédiat sur les postes suffisamment alléchant en ce temps de disette.  Le mouvement spontané des lycéens met en évidence les limites des calculs technocratiques. On ne peut pas changer l’Ecole sans associer ses acteurs. Ou alors il faut en payer le prix…

Dans le Guide de rentrée

Rapport du comité de pilotage

Rapport de synthèse

Les vacances d’été ailleurs

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