Lettre d’un « refuseux » à son Inspectrice

dans Sauvons lEcole du 4 octobre

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Objet : refus d’inspection

Madame l’Inspectrice,

« Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps », pour vous informer de mon refus d’être inspecté. Je tiens toutefois à vous préciser brièvement les motifs de ce refus.

Refuser l’inspection n’est pas un refus d’ouvrir sa classe à un regard extérieur. Bien au contraire, j’estime que la confrontation des pratiques est nécessaire. Mais l’inspection est censée assurer deux fonctions : conseiller et sanctionner. Or ces deux opérations s’excluent.

L’inspecteur donne des conseils, c’est vrai, parfois… Toutefois, que vaut un conseil quand l’inspecteur n’a pas les mêmes lubies que le précédent (ou le suivant)? Que vaut un conseil figé dans un rapport ? Une inspection est un acte d’autorité. Même chargé de bonnes intentions, un inspecteur, c’est toujours un inspecteur. Cette subordination hiérarchique tend à l’infantilisation : plaire ou ne pas plaire à l’inspecteur. Pour nous, les « refuseux », il ne saurait y avoir de collaboration pédagogique en dehors du cadre collectif et égalitaire d’une équipe.

Une inspection, c’est aussi une note. Nous refusons la venue d’une personne qui ne vient que pour juger, faire un rapport et mettre une note. L’important n’est pas de juger l’enseignant, c’est de comprendre l’acte éducatif dans sa durée et de le faire évoluer, ce qui ne peut se faire qu’au sein d’une équipe. S’il est absurde d’évaluer le travail d’un élève sur un seul exercice, cela l’est tout autant pour le travail des enseignants.

La notation, c’est le chantage à l’avancement au choix, à la mutation. Elle ne vise qu’à créer des inégalités dans le déroulement des carrières. L’inspection est une institution rétrograde qui fait partie d’un système social fondé sur la hiérarchie. Nous ne l’acceptons pas.

Refuser l’inspection est aussi un acte de résistance, Madame l’Inspectrice, je refuse en toute conscience de participer au démantèlement de l’Éducation Nationale : suppressions massives de postes, fin des IUFM et donc de la formation des professeurs, projet de jardins d’éveil à la place de l’école maternelle, l’arrivée des EPEP (E2P), la réforme du lycée et des universités, le fichage des enfants avec la Base élève et le LPC, la création d’une agence nationale de remplacement (avec des étudiants et des retraités!), suppression de la carte scolaire, augmentation du nombre d’enfants par classe (à cause des suppressions de postes)…

Nous sommes dans une logique d’entreprise et de libéralisation de l’école. Désormais les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c’est-à-dire sur la progression de résultats chiffrés. Or en éducation tout n’est pas quantifiable, ni même évaluable!

« Ma décision est prise », Madame l’inspectrice, sur consigne syndicale dans le cadre du mouvement collectif national de refus de l’inspection et en référence à la note de service n° 83-512 du 13 décembre 1983 de Monsieur le ministre de l’Éducation Nationale, j’ai l’honneur de refuser l’inspection que vous vous proposiez de me faire subir.

Je vous prie de croire, Madame l’Inspectrice de l’Éducation Nationale, à mon dévouement au service public d’éducation.

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