« Après 11 jours de stage, je suis la maîtresse de 28 élèves »

Témoignage 05/10/2011 à 10h09

Ecole : après 11 jours de stage, je suis la maîtresse de 28 enfantsPartager l'article sur Facebook

Sophie Duchamp
Etudiante en master enseignement

Depuis septembre, je suis la cobaye d’une nouvelle formation encensée : le master 1 « enseigner en école élémentaire et maternelle », proposé par Luc Chatel. Moi qui pensais m’approcher du métier tant désiré, je me retrouve dès le départ face à une administration kafkaïenne. Voilà mon coup de gueule, celui d’une étudiante désemparée.

Après une licence de lettres modernes, je décide de m’inscrire en master, dans l’objectif de préparer le concours de professeur des écoles. Lors de mon inscription, le site de l’IUFM propose un « master enseignement en alternance ». Peu d’informations sont données, seuls la rémunération et le nombre d’heures travaillées sont précisés : six heures par semaines pour 30 euros net par heure.

Des discussions circulent sur les bancs de la fac. Une telle rémunération n’est pas négligeable pour un étudiant mais personne, en juin, ne sait exactement comment le dispositif va se mettre en place. En juillet, je reçois la confirmation par e-mail de ma sélection à cette nouvelle filière. Avec comme unique précision le nom de l’école où je serai affectée ainsi que ma rémunération : 6 000 euros annuels.

« Bienvenue à l’Education nationale ! »

Trois jours sont consacrés à notre préparation, avant la rentrée des classes. Trois jours où nous nous retrouvons face à des formateurs et des représentants de l’académie démunis, sans plus d’informations sur le déroulement pratique de l’année. Face à notre désarroi, un adjoint de l’inspection académique nous répond : « Bienvenue à l’Education nationale ! »

La veille de la prérentrée, je rencontre le directeur de l’école où je serai affectée pour l’année, munie simplement de ma convention de stage non signée. Pas prévenu, le directeur ne semble pas tout à fait rassuré de ce nouveau dispositif. Je rencontre aussi le professeur titulaire de la classe avec qui je travaillerai : par ma venue, il a ainsi appris officieusement sa sélection à la formation hebdomadaire pour laquelle il avait postulé en juin.

Le 22 septembre, le bulletin officiel paraît : j’apprends que nous ne serons pas contractuels comme l’indiquait notre convention de stage mais vacataires. De plus, notre rémunération s’élève finalement à 20,64 euros brut horaires, soit 3 600 euros brut annuel. L’inspection académique nous explique qu’il s’agit d’une mauvaise interprétation : 6 000 euros annuels correspondaient à 52 semaines travaillées, or nous travaillerons que 29 semaines.

Le lundi, je me retrouve donc devant ma classe de 28 élèves sans aucune signature ni aucune protection de l’Education nationale en cas de problème. Après onze jours en stage d’observation, nous sommes selon le ministre prêts à gérer une classe et toutes ses problématiques : des élèves parfois pas faciles, en difficultés scolaires et conscients eux-mêmes de notre inexpérience. Il faut apprendre vite : tenir une classe ne s’improvise pas.

Délicat de vivre avec 200 à 400 euros par mois

Aujourd’hui, je me pose encore la question de savoir si je poursuis ou non cette formation. Lors de notre inscription, les formateurs nous ont prévenus que la masse de travail demandée cette année ne permettra pas de travailler à côté. Or, vivre avec un salaire de 200 à 400 euros par mois semble assez délicat.

De plus, les professeurs titulaires en formation ont été prévenus : si nous, étudiants en alternance, démissionnons, leur formation s’arrêtera. La sensation de s’être fait prendre au piège traverse mon esprit… En route vers une précarité à vie ? L’Etat forme ses futurs vacataires, serviles et toujours disponibles.

Alors qu’en penser ? Ce n’est pas une grande nouvelle que de dénoncer encore une fois les lourdes maladresses de l’Education nationale, mais en tant qu’étudiante, je me demande aujourd’hui : faut-il être maso pour vouloir enseigner dans l’école publique républicaine ?

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