Sale rentrée des classes pour les parents d’élèves

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Sale rentrée des classes pour les parents d’élèves

Éducation. Une semaine avant la grève, la FCPE a pointé hier de multiples dérives et évoqué un système arrivé à son point de «rupture»

Par VÉRONIQUE SOULÉ

Classes chargées, baisse du nombre d’enseignants remplaçants, chute des moins de 3 ans en maternelle, orientation autoritaire des élèves dans les filières où il reste des places, redoublants de terminale sans lycée : Jean-Jacques Hazan, le président de la FCPE, la principale fédération de parents d’élèves, a décrit hier une rentrée loin d’être aussi rose que celle décrite par le ministère. «Au bout d’un moment, les suppressions de postes, ça se sent, a-t-il indiqué. Le pire reste à venir avec les épidémies de grippe et les problèmes de remplacement qui vont se poser.»

«Rupture». D’après la FCPE, qui a réuni ses responsables départementaux pour faire le point de la rentrée, le système est arrivé à «la rupture» dans trois domaines au moins : l’accueil des petits de maternelle, celui des élèves de sixième, enfin les remplacements. Alors que les rectorats avaient pu jusqu’ici jongler pour atténuer les effets des suppressions de postes – 66 000 entre 2008 et 2011 -, la dégradation est claire, avec d’interminables listes d’attente d’enfants de 2 ans, voire de 3 ans, des classes de 30 élèves et plus en sixième, étape réputée délicate, et des académies inquiètes dès la rentrée de l’absence de remplaçants dans certaines disciplines.

Au collège, la génération issue du baby-boom du début des années 2000 arrive en sixième, «ce qui signifie entre 30 000 et 35 000 élèves de plus pour 2 000 à 3 000 enseignants en moins», selon les estimations de la FCPE. Le ministère de l’Education, qui a toujours des statistiques rassurantes à brandir, annonce le chiffre moyen de 24,2 élèves par classe au collège à cette rentrée contre 24 en 2010, soit une petite hausse de 0,2 élève par classe. «Ces chiffres généraux ne disent rien de la réalité du terrain, explique Jean-Jacques Hazan. Les élèves qui entrent en sixième se répartissent de façon très inégale, et la poussée démographique est la plus marquée dans les régions où la pression est la plus lourde, avec des classes déjà chargées. Du coup, dans de nombreux collèges, on dépasse les 30 élèves en sixième

La maternelle, qui n’est pas obligatoire mais qui reçoit plus de 90% des enfants de 3 à 6 ans, est depuis le début un «levier» d’économies. Le taux de scolarisation des moins de 3 ans aurait ainsi chuté de 35% au début des années 2000 à moins de 12% aujourd’hui. Avec ce désengagement de l’Etat, la FCPE dénonce une «sous-traitance aux communes et à l’enseignement privé».

Dans le Pas-de-Calais, des écoles privées sous contrat (avec l’Etat) ont ouvert au total six classes de maternelle réservées à ces tout-petits mais étant, elles, hors contrat. Les parents doivent payer en moyenne 90 euros par mois. «Cela fonctionne comme des produits d’appel commerciaux pour attirer vers le privé», dénonce Jean-Jacques Hazan.

«Tension». Dans le primaire, avec la suppression de 6 000 postes de remplaçants, la FCPE estime que «75 000 enfants risquent de se retrouver sans enseignant» si leur prof tombe malade. Alors que le ministre de l’Education, Luc Chatel, s’est engagé à ce qu’il n’y ait plus de «délai de carence» (ou temps d’attente) avant d’affecter un remplaçant, un inspecteur d’académie du Tarn vient de le rétablir. «En cas de tension sur les remplacements», a-t-il expliqué, il donnera la priorité aux petites écoles de moins de six classes. Les autres devront attendre deux jours avant d’avoir un remplaçant. «A quel titre on ne respecte pas le droit à l’école des familles, interroge Jean-Jacques Hazan, alors même qu’on les menace de suspendre leurs allocations familiales en cas d’absentéisme de leurs enfants ?»

La FCPE, qui soutient la grève prévue le 27 septembre dans l’éducation, estime que pour redresser la barre, en plus des moyens, il faudra des réformes de fond, au-delà des expériences actuelles. Hier justement, Luc Chatel était au lycée Jean-Vilar de Meaux (Seine-et-Marne), qui a des classes «cours le matin, sport l’après-midi». Selon le ministre, le dispositif fait des merveilles : «Une meilleure ambiance dans l’établissement, moins de pression, de meilleurs résultats scolaires.» Mais il ne sera pas généralisé, faute de locaux et de profs.

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