Rased : j’enseigne aux élèves en difficulté et veux continuer

Dans rue89 du 13 septembre

Rased : j’enseigne aux élèves en difficulté et veux continuer

Par Laurent__ | Instit. spécialisé (Rased) | 13/09/2011 | 10H54

Une gomme "for big mistakes" (pour les grosses erreurs) (SHUN iamtekn/Flickr/CC).

Il y a, dans notre système scolaire, une catégorie d’enseignants communément appelés « enseignants spécialisés » qui travaillent au sein des Rased (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté). Ceux‑ci sont composés d’un psychologue, d’un rééducateur et d’un maître d’adaptation. J’en fais partie.

J’exerce mon métier depuis près de trente ans, c’est‑à‑dire quasiment après ma sortie de l’école normale. Rappel, pour les plus jeunes, à l’heure où les nouveaux enseignants sont placés directement dans des classes, sans aucune formation, ces derniers bénéficiaient, à l’époque, d’une formation professionnelle en trois ans !

Je n’ai fait que ça durant ma carrière. J’avais rapidement trouvé ma voie. Ce choix m’était apparu évident après un passage en établissement spécialisé et mon accès à la formation théorique, une formation extraordinaire délivrée durant une année scolaire, pour préparer le diplôme délivré aux enseignants spécialisés, appelé Caapsais (Certificat d’aptitude aux actions spécialisées d’adaptation et d’intégration scolaires).

Nous ne sommes pas devant la classe, mais derrière

Je pense que notre rôle est indispensable dans les écoles : nous prenons en petits groupes des élèves en difficulté – et nous intervenons également dans leurs classes, en plus de leur enseignant – pour un enseignement spécifique, personnalisé.

Nous avons été formés pour ce travail : l’expérience nous permet de porter un regard particulier sur ces élèves et nos interventions représentent, bien souvent, un soulagement pour les maîtres (parfois bien désemparés)… Vous le comprenez, nous ne sommes pas devant la classe, mais derrière, ou à côté des élèves en difficulté.

La suppression des maîtres de Rased, donc, « ne se voit pas » comme se verrait celle d’un enseignant dans une classe.

Aujourd’hui, je suis révolté. Car de suppressions en fermetures de postes, les réseaux d’aides ont payé un très lourd tribut, ces dernières années, à la réduction des déficits publics. Et ce n’est pas terminé, semble‑t‑il.

L’aide personnalisée, limitée face aux élèves en grande difficulté

Au moment où étaient supprimés des milliers de postes d’enseignants spécialisés, s’est mise en place, à la rentrée scolaire 2008, « l’aide personnalisée aux élèves en difficultés », dispensée par les maîtres des classes.

On nous a expliqué que ce serait mieux, plus adapté ! C’est à peu près comme expliquer qu’une spécialité médicale serait aussi bien dispensée par un médecin généraliste…

Si l’aide personnalisée peut se montrer efficace dans certains cas d’élèves en difficulté passagère, elle a montré des limites évidentes pour ce qui concerne les élèves en grande difficulté, ceux dont nous nous occupons, dans les Rased.

Je suis indigné – comme beaucoup de collègues spécialisés ou non et de parents d’élèves – et très inquiet car le gouvernement a indiqué son intention de continuer à fermer des classes. Et je crains que les maîtres spécialisés, et donc les Rased, n’y survivent pas.

Car malheureusement la logique dans laquelle est plongée l’école en général et l’enseignement spécialisé en particulier ne répond plus à une logique pédagogique. Le seul raisonnement qui vaille est celui de la logique comptable et des impératifs budgétaires.

Nous n’avons pas disparu !

« Faire des économies » sur le dos des élèves en général et des élèves en difficulté en particulier, ceci n’est pas ma conception de l’Education nationale ! Je vis à présent, comme tous les maîtres spécialisés du pays, dans l’incertitude…

Mais nous n’avons pas disparu ! Nous sommes encore là ! Oh, moins nombreux qu’avant, certes, mais les équipes dans les écoles et les élèves en grande difficulté peuvent toujours compter sur nous.

Nous sommes présents dans les équipes, dans les écoles, partageant notre expérience. Nous intervenons aux côtés des maîtres et maîtresses dans les classes, auprès des mêmes élèves en difficulté. Nous sommes présents lors des réunions d’équipes pédagogiques pour apporter nos éclairages.

« J’espère qu’on travaillera avec toi comme l’année dernière »

Le jour de la rentrée des classes, durant la récréation, une élève de l’année dernière a passé sa tête à la fenêtre de ma classe et m’a dit :

« Maître ! J’espère qu’on travaillera avec toi comme l’année dernière. C’était tellement bien ! »

Une jolie récompense. Vraiment, j’aime mon métier et pour rien au monde je ne voudrais en changer.

Photo : une gomme « for big mistakes (pour les grosses erreurs) (SHUN iamtekn/Flickr/CC).

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