La genèse de la conférence « En sortant de l’école »

Quand j’ai fait le choix de prendre ma première année de dispo en mars 2009, c’était par acceptation de l’échec. Non, le métier d’instit’ n’était pas fait pour moi. Je n’avais pas la vocation. Tellement d’années que j’hésitais avec le théâtre, il était temps de tenter ma chance sur les planches, comme on dit ! Je ne supportais plus le système, je ne supportais plus mes collègues, je ne supportais plus les parents, je ne supportais plus…les enfants. j’étais comme dans un étau qui se refermerait sur moi si je ne m’échappais pas à toutes pattes !

Militante convaincue, c’est donc vers le théâtre militant que je me suis tournée. Et me voilà l’été suivant au festival « La Belle Rouge », festival organisé par la Cie Jolie Môme chaque année à St-Amant-Roche-Savine, dans le Puy de Dôme. Festival militant… Spectacles militants, concerts militants, débats militants, ateliers militants…me voilà à un atelier de théâtre-forum avec la Cie NAJE (Nous n’Abandonnerons Jamais l’Espoir)…Et le soir-même j’assiste à ma première « conférence gesticulée » : La Faim du pétrole, par Anthony Brault. Ce festival n’aura été pour moi qu’une succession de révélations : dès le mois de septembre 2009, je commençais les ateliers théâtre et chansons de la Cie Jolie Môme, ainsi qu’un projet national avec la Cie NAJE. Et la conférence gesticulée ? Dès mon retour du festival, je regardais sur internet toutes les conférences d’un certain Franck Lepage. Et je prenais des notes…Et j’hallucinais… Et quelque part en moi devait se passer quelque chose, car, quand en janvier 2010 j’ai vu sur le site du théâtre du Grand Parquet que ce même Franck Lepage organisait une résidence d’écriture pour écrire soi-même une conférence gesticulée, j’ai commencé à y penser sérieusement.

Bon. Au départ, je ne savais pas du tout sur quoi la faire. Quand la date limite de « dépôt des idées de conférences » est arrivée, j’ai sorti : « l’école ». Mais sur le coup, je ne savais pas du tout quelle tournure ça prendrait. Franck Lepage m’a téléphoné. Il m’a demandé de lui envoyer mes premières notes, à la suite de quoi il m’appellerait pour qu’on prenne rdv. Je ne sais plus exactement ce qui m’a lancée, sachant que je n’avais jamais osé « me lâcher » sur ce que je pensais de l’Ecole. j’ai dû me dire que c’était le moment ou jamais de dire la vérité. J’y suis allée franco. Trois pages sans queue ni tête, des notes les unes à la suite des autres, des questionnements, des interrogations, des « pardon si je pense ça », des « pardon si c’est pas clair », etc, etc… Le lendemain à 8h du matin je suis réveillée par un coup de fil de Franck : je ne me rappelle plus les mots exacts, mais ce dont je me souviens, c’est son exaltation, sa joie, son entrain et son envie de me rencontrer le plus vite possible, car d’après lui, enfin une instit osait dire haut et fort ce qui n’allait pas à l’école. J’ai raccroché en tremblant. Abasourdie de m’entendre dire que ce que j’avais écrit était « extraordinaire » (ça je m’en souviens) et surtout que ça méritait d’être entendu et qui sait, un jour joué sur une scène.

Je passe les détails de ma propre exaltation (« quôaaaaaa ??? JE suis capable d’écrire et de dire des trucs intéressants ??? MOIIII ???!!!). J’ai rencontré Franck, j’ai commencé à écrire en structurant… J’ai dû faire 10000 mille brouillons, trames, plans possibles… Le 25 avril 2010, on se rencontrait, entre tous ceux qui s’étaient inscrits et que Franck avait plus ou moins rencontrés, au moins par téléphone (Franck était déjà trèèèès pris en 2010 !). Avec nous, les intervenants choisi par Franck et le grand Parquet : Nicolas Lambert, un putain de comédien que j’avais aussi vu en video dans « Elf, la pompe Afrique », mes deux metteurs-en-scène de NAJE (et oui, le monde militant est petit !), Fabienne Brugel et Jean-Paul Ramat, et une clown que je ne connaissais pas, Rafaele Arditti. On était une trentaine (je crois). On devait présenter un extrait. Impossible pour moi de passer. «Mais t’as fait du théâtre, pourtant !?!» (j’adore quand on me dit ça…) C’était incroyable toutes ces rencontres, tous ces métiers, toutes ces vies, toutes ces désillusions… Et moi j’étais recroquevillée sur mon banc, en priant pour qu’on ne me force pas à présenter mon extrait.

Après ça, j’ai fait une ou deux séances de clown avec Rafaele (c’est ce qui m’a donné l’envie de l’utiliser dans ma conférence), mais j’ai vraiment commencé à travailler avec Nicolas… Plusieurs séances pour que j’accepte d’avoir confiance en ce que je raconte… pour que j’accepte de me lâcher… Travail acharné (merci Nicolas !!!)… Tout en restant sous l’oeil avisé de Franck…oeil numérique souvent, vu qu’il était en Bretagne ou je-ne-sais-où sur les routes de France, et oreille téléphonique la plupart du temps, mais au combien utiles !!!

La combinaison de tous ces savoirs m’a permis d’aboutir, en juin 2010, à un début de 20 minutes, de ce que serait ma conférence future. On n’était plus qu’une vingtaine. On a commencé à s’appeler entre nous les « gesticulants ».

Pour moi, ce moyen de s’exprimer, de « faire de la politique par le théâtre » a été une révélation. Enfin j’étais à ma place.

La suite : page \ »sortir de l\’école en gesticulant\ »

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